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Finance

Sujet : Devenez un meilleur TRADER avec Émile ZOLA
FaunoLeFaune
23 mai 2018 à 22:12:02

Qu’il est pratique d’être né après Zola ! Voilà un homme qui a décrit presque tous les aspects de presque toutes les activités humaines…

J’écrivais dernièrement que nous étions face aux marchés des Dorian Gray, des êtres statiques devant un tableau en constante évolution. C’est comme ça qu’on se sent quand on ouvre un Zola tant on se rend compte que tout change sauf les gens.

L’Argent(1891) est un livre sur le Jeu, comme il appelle élégamment et comme j’appellerai désormais la spéculation. Tout y passe: l’espoir, la cupidité, la panique, la ruine… un tableau fascinant et complet de tout ce que comportent de trouble et de clair les mouvements spéculatifs.

'Car qu’est-ce qu’on sait jamais ? C’est un vrai bois que la Bourse, un bois par une nuit obscure, où chacun marche à tâtons. Dans ces ténèbres, si l’on a le malheur d’écouter tout ce qu’on invente d’inepte et de contradictoire, on est certain de se casser la figure.

Emile Zola in L’Argent, Livre de Poche P.410'

Introduction : Mise en contexte

A) Contexte Artistique: Le Naturalisme

Emile Zola est un naturaliste, c’est une forme de réalisme qui cherche non seulement à coller le plus possible à la réalité mais aussi à appliquer et illustrer via son art des concepts de sciences humaines et sociales. L’impact du milieu sur l’individu est par exemple un grand thème naturaliste, chez Zola nous trouverons aussi les notions d’hérédité et de déterminisme social.

http://image.noelshack.com/fichiers/2018/21/3/1527099455-captur.png (Portrait du maître, sticker confectionné par "nicolasarkozizi", dédi à lui.)

Les romans naturalistes se veulent scientifiques et sont donc des romans extrêmement documentés: Zola fonde ses personnages sur des individus ayant réellement existé, dans la mesure du possible il rencontre ses modèles et les gens qui ont rencontré ces modèles, il lit la littérature technique disponible et rencontre les auteurs de cette littérature.

Mais en plus de cet aspect technique, et par ce que c’est une nécessité pour que son roman tienne, le naturaliste doit exposer les motivations de ses héros, ce qui l’oblige à plonger dans la psychologie de ses contemporains. Il faut comprendre que ces auteurs-là sont des éponges, qu’ils absorbent les traits de leurs interlocuteurs, les caractéristiques des lieux qu’ils visitent pour en restituer l’essence dans leurs romans, qui sont autant de témoignages fiables des moeurs de leur époque. Reste toujours une certaine « Licence poétique », limitée chez l’auteur de Germinal.

Ainsi Zola a-t-il l’ambition d’écrire une saga: La Fortune des Rougon-Macquart, sous-titrée Histoire Naturelle et Sociale d’une Famille sous le Second Empire. La famille des Rougon-Macquart est une famille éclatée d’origine provençale dont la répartition sociale va du prolétaire au ministre (Du Lantier de Germinal au Rougon de L’Argent).

Cette trame lui permet d’évoquer tous les aspects de la vie (misère, grandeur, religion, crime…) sous le régime Tertionapoléonien (je viens d’inventer ce terme ne le reprenez pas dans une copie).

L’Argent est le 18ème roman de la saga, qui en compte 20.

B) Contexte Historique: Le Second Empire

C’est par le Coup d’Etat du 2 décembre 1851 que Louis-Napoléon Bonaparte, dit Napoleon III neveu de l’Illustre Corse, fonde le Second Empire. Alors Président de la Deuxième République il ne veut pas, comme la Constitution républicaine l’en oblige au terme de son second mandat, rendre le pouvoir et utilise les forces armées pour prendre le contrôle des points stratégiques du pays. Il fait ensuite valider sa prise/conservation du pouvoir par le suffrage universel : 96,86% des voix dans ce qu’on appelle un plébiscite.

Mais comme souvent les remakes sont moins bien que les originaux et le Second Empire n’arrive pas, malgré tous ses efforts, à égaler le Premier.

L’aventure s’achèvera avec la défaite de Sedan le 1er Septembre 1870, marquant la victoire de la Prusse et la naissance de l’Allemagne telle qu’on la connait. Le pays adoptera dès lors la constitution de la 3ème République.

C) Contexte Economique : Age d’Or et Capitalisme Financier

Du point de vue économique le Second Empire est un âge d’or: Croissance industrielle de 50%, exportations plus que doublées, le tout dans un contexte de stabilité monétaire remarquable. On notera tout de même une répartition inégale de ces progrès et l’explosion de l’écart de niveau de vie entre la bourgeoisie et le monde ouvrier ou paysan.

Le Second Empire est, voilà qui nous intéresse plus, une période d’innovation en matière de finance: Des « Grandes Lois » sont adoptées pour réglementer et favoriser l’organisation du capitalisme financier.

Voient notamment le jour les Sociétés par Actions. Celles-ci, par opposition aux Sociétés de Personnes qui sont intimement liées à la situation personnelle des dirigeants, permettent la création d’entreprises plus pérennes, capables de mobiliser de grands capitaux d’horizons divers (de la grosse souscription aux petits investisseurs…)

Surtout, ces sociétés permettent l’émission de titres « au porteur » et non « nominatifs », ce sont des actions dont la négociation et la cession sont facilitées, permettant tout un jeu de bourse et de spéculation.

Ainsi de grandes entreprises qui font aujourd’hui notre quotidien sont nées à la faveur de ces lois: citons la Société Générale, le Crédit Lyonnais et BNP Paribas, les « trois vieilles » comme on dit pour se la péter devant l’huissier venu saisir… je m’égare.

Si je vous parle si longuement de cette époque c’est que pour penser le marché des cryptos je m’intéresse plus à la bourse du XIXème siècle qu’à celle du XXème:

  • Marché naissant, dans une phase d’immaturité
  • Marché extrêmement volatile dans lequel « des fortunes se font et se défont en quelques heures »
  • Peu voire pas de régulation sur certains points (le délit d’initié n’apparaitra qu’au début du XXème)
  • Marché exempt des lourdeurs de la longue histoire boursière du XXème
  • Marché hystérique extrêmement attentif aux décisions politiques (la guerre est alors la principale préoccupation des spéculateurs comme la régulation peut être la notre)
  • Place importante du néophyte, beaucoup de profanes jouent et même les professionnels avancent à tâtons (le Master Finance de Dauphine n’a pas encore été crée)
  • Marché d’entrepreneur dans lequel on n’a pas encore besoin de la médiation des gros pour se faire un nom, les géants d’alors sont encore en devenir, ils n’ont pas le statut de mastodontes pluriséculaires de nos institutionnels d’aujourd’hui

Mais surtout malgré les 150 ans qui nous séparent de l’action du roman on voit, c’est tout le propos de ce post, toujours les mêmes choses:

FaunoLeFaune
23 mai 2018 à 22:12:20

I) Ce sont toujours les mêmes acteurs

A) Saccard, le joueur cramé

Le personnage principale du livre est Aristide Saccard, un Rougon (Saccard est un nom d’emprunt) qui est dévoré par la passion de l’argent. Il ne l’aime d’ailleurs pas en soit, tel un avare, mais plutôt pour le pouvoir et le statut que confère l’or à son détenteur.

Or c’est un statut qu’il a tout simplement perdu ! Le Saccard du début du livre est un déclassé, suite à une série de mauvaises opérations il a perdu la fortune accumulée dans La Curée, le 2ème livre de la saga des Rougon-Macquart.

Il gesticulait, il était debout, se grandissant sur ses petites jambes ; et, en vérité, il devenait grand, le geste dans les étoiles, en poète de l’argent que les faillites et les ruines n’avaient pu assagir. C’était son système instinctif, l’élan même de tout son être, cette façon de fouailler les affaires, de les mener au triple galop de sa fièvre.
P. 315

Fondamentalement Saccard c’est Bernard Tapie, un entrepreneur mais alors vénère… c’est le type qui te reprend Bitconnect et t’en fait un Top 10… puis un top 600 à nouveau.

Car le problème voyez-vous est que Saccard est un homme pressé. Il lui faut dévorer le monde sans attendre, quitte à passer par de dangereux raccourcis.

Et quoi de mieux pour gagner rapidement de l’argent louche que d’ouvrir sa propre banque ! C’est ce qu’il fera en fondant La Société Universelle, Banque Catholique aux ambitions internationales et aux bases vérolées par une série de magouilles que j’évoquerai plus loin.

Tout au long du roman il sera opposé, dans une lutte financière, à son exact opposé, son némésis : Gundermann.

B) Gundermann, le banquier triste et triomphant

Gundermann est un banquier qui vit dans sa banque et pour sa banque. Il a lui aussi la passion de l’Argent mais une passion froide, dépassionnée… son but n’est autre que de devenir « le premier marchand d’argent au monde » puis de léguer cet empire à sa lignée. C’est sa seule motivation et elle ne le lâche pas, très souffrant il ne se nourrit que de lait et on ne lui connait aucune maitresse, aucun excès, « son sang charrie de la glace » est-il écrit à son sujet.

Gundermann est donc le prototype de ce qu’on appellerai aujourd’hui « l’institutionnel », il est déjà le pape de la bourse parisienne même s’il n’est jamais physiquement présent et constitue en coulisse une force politique conséquente.

Puisqu’il ne peut pas jouir de la vie il se projette à travers sa fortune dans une quête, sinon d’immortalité, au moins de longévité. Il veut être la source de la plus grande lignée de banquiers de l’Histoire, fonder une dynastie de rois dorés qui régneront encore des siècles plus tard. Pour info, le modèle de Gundermann n’est autre que James de Rothschild… mission accomplie dirons-nous.

C) Hamelin, l’inventeur dépossédé

Les ambitions de La Société Universelle (je l’appellerai l’Universelle dès maintenant) reposent sur un plan très ambitieux de valorisation du Moyen-Orient, plan conçu par Hamelin, ingénieur ayant beaucoup voyagé dans cette région et rêvant de voire s’élever des sables syriens une civilisation moderne.

Et le fait est que son plan, globalisant, rencontre un succès rapide qui assure de belles perspectives à la banque.

Seulement bien que président statutaire (et fantoche) de la banque il est constamment en déplacement, ce qui l’empêche de réaliser l’ampleur des manoeuvres spéculatives réalisées sur ses travaux. Lorsqu’il se rendra compte de la réalité de la situation il sera déjà trop tard.

Hamelin est l’archétype du génie dépossédé de sa création par des argentiers. C’est un brave homme qui vit pour ses nobles desseins, ses espoirs civilisateurs, espoirs pervertis en machine à fric par un système dont il n’a surement pas bien saisi la perversité.

Il me fait beaucoup penser à Vitalik qui, dans sa panique morale de millionaire, voudrait que tout le monde soit là pour le projet ! Hamelin assumera pourtant jusqu’aux derniers instants d’avoir pactiser avec le diable.

D) Amadieu, le chanceux gourou

Amadieu est un cas très intéressant, c’est un spéculateur idiot mais heureux, devenu riche sur un seul coup, une opération insensée qui, par un pur hasard, s’est révélée être une mine d’or !

Il est ce type de gourou qui fait fortune par pure chance et dont on s’arrache par la suite les conseils comme s’il avait une quelconque expertise, à moins que cela soit pour capter un peu de cette chance (Amadieu -> aimé de Dieu, béni)

Dans ses livres, Thami Kabbaj met en garde contre ce genre de profil.

E) Moser et Pillerault, bubull et beabear

Moser est un bear, Pillerault est un bull. C’est à peu près tout ce qu’il y a à savoir a propos d’eux. Le fait que Zola personnifie les deux tendances n’est pas anodin, certes cela permet de personnifier la lutte entre les baissiers et les haussiers mais cela nous renseigne aussi sur l’idée qu’il existait déjà des investisseurs fondamentalement pessimistes ou optimistes au point que cela les caractérise.

Tout au long du livre nous observons une guerre psychologique se jouer entre les deux et quand ils se défient avant une séance importante alors c’est ALERTE BTC :

Pilleraut, que l’approche des désastres redressait dans des fanfaronnades de chevalier errant, partit d’un éclat de rire.
« Mais c’est vous, mon cher, qui avez la colique! Tout le monde est très gai. Nous allons vous flanquer une de ces tripotées dont on se souvient longtemps »

P.415

Ok c’est BEAUCOUP plus violent qu’ALERTE BTC je l’admet.

F) Salomon, le spéculateur intelligent

Face à ces deux gentils guignols, qui tour à tour gagnent et perdent, Salomon contraste nettement. Salomon ne dévoile jamais ses positions, c’est un joueur stratégique qui alterne sans doute selon les tendances.

Lorsqu’on lui demande où il en est il se garde bien de se mettre en scène et répond invariablement par un profond et mystérieux sourire, au point que son interlocuteur se met à douter de ses propres paris…

Salomon est le meilleur, soyez Salomon.

G) Les Maugendre, amateurs plumés

Les Maugendre sont à la base un couple de commerçants exécrant le jeu. Ils ont été habitués à gagner leur vie sur la base de petits profits cumulés avec patience. Petit à petit ils entrent dans les opérations financières, au début sur des produits sûrs à faible rendement puis passent, de proches en proches, à la grande spéculation de la bourse quotidienne.

Pour cela ils baseront leurs stratégies sur de petites feuilles d’informations boursières, cotes et « conseils », qu’on leur vend à bas prix, retenez ce point nous y reviendrons plus tard.

Le problème est que les Maugendre sont frappés de plein fouet par l’effet Duning-Kruger (dont je vous parle ici http://www.jeuxvideo.com/forums/42-3011927-55994363-1-0-1-0-forum-finance-mode-d-emploi.htm ) et que cet excès de confiance les rend incapables de réaliser qu’ils sont complètement manipulés par le marché. Ajoutez à cela l’absence de Money Management et un investissement supérieur à ce qu’ils pouvaient se permettre de perdre et vous obtiendrez… un désastre.

II) Ce sont toujours les mêmes façons de penser

A) Toujours la même ignorance

Si il y a une chose sur laquelle on ne spécule pas c’est bien l’ignorance des spéculateurs, car elle est sûre est certaine !

C’est plus exactement l’ignorance du dernier étage de la pyramide, de ceux qui pensent pourvoir faire de l’argent sans se former sérieusement, par paresse ou crédulité. C’est l’ignorance de ceux qui achètent à l’ATH, éternels(et nécessaires) perdants de tous les jeux de bourse. Et ce sont bien souvent ceux pour qui la moindre perte est dramatique…

Cette méconnaissance des mécanismes financiers va jusqu’au grotesque et Zola dans ses notes rapporte le cas d’un notaire, un homme qui sait normalement comment fonctionne l’argent, qui envoie des consignes à son courtier comme ceci :

« Je vois dans le bulletin qu’il y a le prix le plus haut et le prix le plus bas. C’est très simple, je veux pour moi que vous achetiez au plus bas pour revendre au plus haut. »

Et Zola de conclure « rien n’est plus facile que de tromper ces ignorants ».

B) Toujours le même complotisme bidon pour justifier ses pertes

En la personne de Massias, un remisier (courtier) qui aurait foncé tête baissée sur la « théorie » du Cartel… lui qui clame en début de roman que de toute façon « pour réussir en bourse il faut être juif ! »

Puis qui se ravise une fois que la fortune lui tombe dans les mains grâce à ses actions de l’Universelle.

Pour finalement se remettre à clamer haut et fort que « pour réussir en bourse il faut être juif » une fois ladite fortune envolée.

Ne cherchez pas de causes extérieures au marché pour justifier vos pertes, c’est vous qui avez merdé et personne d’autre.

C) Toujours les mêmes analyses, fondamentales et techniques

Il s’agit de la manière dont Gundermann pense le marché et juge avec sévérité le succès de la jeune banque de Saccard, qu’il prévoit de shorter :

Sa théorie était qu’on ne provoquait pas les événements à la Bourse, qu’on pouvait au plus les prévoir et en profiter, quand ils s’étaient produits. La logique seule régnait, la vérité était, en spéculation comme ailleurs, une force toute-puissante. Dès que les cours s’exagéreraient par trop, ils s’effondreraient : la baisse alors se ferait mathématiquement, il serait simplement là pour voir son calcul se réaliser et empocher son gain. (…) Les gens sages auraient la nette sensation de la vérité et joueraient son jeu.
P.265

Gundermann définie tout simplement les principes de l’analyse fondamentale : une valeur fondamentale (« la vérité » Serge) vers laquelle le marché, rationnel car composé de « gens sages », doit tendre naturellement. Plus loin dans le livre il invoque le fameux « bon sens » qui, comme une main invisible, mène le marché. Parier en bourse n’est ainsi rien d’autre qu’identifier cette surévaluation et de l’arbitrer.

Il propose aussi une méthode plutôt précise pour évaluer cette valeur fondamentale:

Son raisonnement était qu’une action vaut d’abord son prix d’émission, ensuite l’intérêt qu’elle peut rapporter, et qui dépend de la prospérité de la maison, du succès des entreprises. Il y a donc une valeur maximum qu’elle ne doit raisonnablement pas dépasser ; et, dès qu’elle la dépasse, par suite de l’engouement public, la hausse est factice, la sagesse est de se mettre à la baisse, avec la certitude qu’elle se produira.
P.344

Mais ces passages contiennent aussi, en germe, certains principes de l’analyse technique :

D’abord on considère le marché comme naturel et autonome puisqu’il est imperméable à l’artifice, mais c’est surtout l’emploie du mot « mathématiquement » qui devrait nous mettre la puce à l’oreille, comme si une règle encore obscure, un théorème secret, demandait encore à être découvert dans la dynamique des cours boursiers.

Par ce seul mot, Zola préfigure le bouleversement des sciences financières qui consistera en la fondation de l’Analyse Technique occidentale, au siècle suivant par les travaux de Dow notamment.

III) Ce sont toujours les mêmes magouilles

A) Toujours les mêmes manipulations médiatiques

Sont décrites dans L’Argent deux types de manipulation médiatique, la première est somme toute classique, l’industriel qui rachète un organe de presse pour s’assurer d’un soutien indéfectible et d’un canon de papier braqué sur ses adversaires… c’est Bolloré, c’est toute la presse d’aujourd’hui…

La seconde est plus inventive et pernicieuse… il s’agit de celle des « Bulletins de la Bourse », ce sont des feuillets informatifs qui publient dans un premier temps les cotes boursières puis qui commencent, une fois un lectorat acquis, à donner des conseils d’investissement.

Ces bulletins sont vendus mais à vil prix, quelques sous (centimes, à peine le prix du papier), voire fourni avec la presse régionale de sorte à ce que la diffusion soit générale, à la portée de toutes les bourses, mais sans que cela ne ressemble à de la publicité.

L’impact de ces bulletins est d’autant plus grand qu’on s’éloigne de Paris, où l’information est déjà plus accessible… ainsi la manoeuvre pour réussir « un coup » consiste à inonder la province de ces feuillets puis, de manière coordonnée, de leur faire chanter en même temps les louanges d’un nouvel actif.

Vous verrez les épargnants crédules, certains de détenir une information pour laquelle ils ont payé tout de même, se ruer sur les places de marché locales (Lille, Lyon…) pour se procurer cette dernière action dont tout le monde parle. Il suffira aux manipulateurs de vendre leurs actions pour profiter de cette hausse provoquée.

Les Maugendres, « amateurs plumés » (cf I) E) ) perdront une fortune en basant naïvement leurs choix d’investissements sur ces manipulations de l’information.

Un gros business de Telegrams et de Discords cryptos se développe ces derniers mois et je ne le comprenais pas. Plutôt je ne comprenais pas qui achetait ces communautés toutes faites, certaines de détenir une information parce qu’ils font parti d’une communauté tout de même. Je ne le comprenais pas jusqu’à ce que je lise la page 232 de L’Argent d’Emile Zola.

FaunoLeFaune
23 mai 2018 à 22:12:41

B) Toujours les mêmes délits d’initiés

C’est le premier gros coup de Saccard dans le roman, par l’entremise d’Huret, qui travaille au ministère, il est averti d’une trêve signée entre l’Italie et la Prusse: la guerre est terminée. L’Europe est en (précaire) paix mais elle l’ignore encore et tous les marchés sont à la baisse.

Rien de bien surprenant me direz-vous mais l’épisode illustre parfaitement la culture du positionnement camouflé chère aux « mains fortes »: plutôt que de débarquer au milieu de la bourse en criant « J’ACHÉTE TOUT » Saccard se charge et charge des courtiers d’acheter un peu partout, sur les marchés légaux et d’autres moins, le maximum d’actions de façon à rester sous le radar pour ne pas éventer son plan.

Voilà qui fera réfléchir ceux qui pensent que Goldman Sachs va Market Buy des bitcognes sur son appli Coinbase…

Il est à noter que cette manoeuvre est alors impunissable, le délit d’initié n’apparaissant en France sous ce terme qu’après l’intervention de l’ordonnance du 28 septembre 1967, il était néanmoins possible d’en poursuivre les auteurs sous la qualification de « délit d’action illicite sur les marché » dès la Loi du 3 décembre 1926.

Il était tout-à-fait possible, au XIXème siècle, de faire fortune en revendant ou jouant des informations boursières de première main. Un peu comme… chez nous.

C) Toujours le même Wash Trading

L’Argent décrit une opération classique de wash trading:

Daigremont, un investisseur puissant et respecté, a bâtit sa fortune en achetant une créance colossale de 50 Millions : celle de L’Hadamantine. Il a ensuite, fait circuler cette créance entre des courtiers à ses ordres jusqu’à ce qu’un marché naisse et qu’un prix s’établisse. Puis il a tout simplement déchargé son stock, faisant chuter le prix de 300 à 15 francs et empochant « des bénéfices énormes sur tout un petit monde de naïfs, ruinés du coup. » p.148

Créer un marché artificiel n’est pas plus compliqué que ça, il suffit de détenir un produit et d’en simuler une offre et une demande mais ça, tout ceux qui ont acheté du StrongHand le savent.

D) Toujours les mêmes scams

L’entreprise de Saccard, La Banque Universelle, repose sur différentes malversations mais la plus importante et la plus grave réside dans la répartition qui est faite des capitaux.

Une Société par Actions n’est pas censée détenir ses propres actions mais Saccard a fait acheter, via des prêtes-noms, la majorité des titres de l’Universelle dont il peut maintenant manipuler le cours.

C’est presque exactement la même arnaque que celle mise en place par Jordan Belfort dans Le Loup de Wall Street, à ceci près que l’action introduite en bourse est celle d’une société tierce (de fabrication de chaussures) dans le film.

https://www.youtube.com/watch?v=r90gz1_DjCI

E) et les mêmes moyens de lutter contre ces scams

Plus interessant encore, les problèmes posés par la multiplication des Sociétés par Actions frauduleuses du Second Empire sont exactement les mêmes que ceux posés par les ICO d’aujourd’hui et le législateur, si toutefois il a à coeur de faire du bon travail, se basera sur les lois du 17 juillet 1856, du 23 mai 1863 et du 24 juillet 1867 pour composer sa législation sur les ICO. (Ces lois demeurent par ailleurs valables aujourd’hui et n’ont subies que quelques retouches.)

Les enjeux sont les suivants :

  • Protéger les souscripteurs contre la création de sociétés fictives : les exit scams en gros.
  • S’assurer que l’entreprise démarre avec toute la trésorerie nécessaire et pour cela obliger le paiement effectif de toutes les actions: on ne fait pas de « crédits d’action ».
  • Interdiction pour une entreprise de racheter ses actions en utilisant le capital social, pour qu’elle ne s’appauvrisse pas en cas de chute du cours et qu’elle ne soit pas tentée de manipuler son propre cours.
  • Forcer l’entreprise à faire preuve de transparence en constituant un « Conseil de Surveillance » nommé par l’assemblée générale des actionnaires, conseil complètement verrouillé dans le roman.
  • Enfin, la réglementation impose un montant minimum par action (100 francs, ce qui est une somme rondelette) afin que les plus petits et vulnérables épargnants soient exclus.

L’inobservation de cette réglementation relève du pénal.

Peut-être vous écrirai-je un jour un papier juridique sur ce à quoi pourrait ressembler une législation sur les ICOs, bien que je me fasse normalement rémunérer pour ce genre de travail, mais les grandes lignes ont été tracées il y a 150 ans et sont juste au-dessus.

III) Ce sont toujours les même bulles

L’Universelle, la banque de Saccard, est une bulle spéculative. Le terme n’est pas employé (je ne sais pas s’il était alors utilisé en France) mais l’aventure en valide toutes les exigences !

A) Toujours les mêmes ingrédients

D’abord il faut noter que le contexte s’y prête parfaitement, le Second Empire est un âge d’or économique que seul l’ombre de la guerre semble pouvoir contrarier, à raison d’ailleurs puisque c’est la guerre qui amènera la récession. Nous avons donc un contexte, un terreau.

Il nous faut ensuite un démarrage triomphant: l’entreprise n’est pas fictive et les travaux d’Hamelin, un syndicat de paquebots voguant en Méditerranée, assurent des revenus futurs à l’édifice mais rien qui, fondamentalement, ne justifie la hausse précoce que connaitra le titre. Celle-ci trouvera plutôt sa source dans les diverses manipulations évoquées plus haut mais nous avons notre engouement initial.

Manque toujours un élément particulier, rarement évoqué et c’est un tort. Je pense que pour faire une bonne bulle il faut une Mystique.

Une bulle n’est rien d’autre que la manifestation financière de la passion contrariée et ce n’est pas un hasard si ces fameuses 5 phases de deuil que l’on observe à l’éclatement d’une bulle sont les mêmes qu’après une rupture amoureuse… Pour tout vous dire je trouve cette histoire de phases psychologiques un peu fumeuse mais elle sert ici mon propos.

Cette passion doit être cristallisée, elle doit fétichiser son but :

Les Tulipes conféraient une image de hauteur sociale et de bon goût, un ascenseur sociale botanique.
Internet nous faisait la promesse de l’unification du monde dans un seul réseau de communication ce qui entrait en résonance avec le vieux fantasme occidental d’universalité.
L’immobilier est quelque chose de symboliquement très puissant chez les américains, dont le film d’horreur typique, le Home Invasion, trahit l’attachement à son toit et la peur de le voir s’écrouler…

Il y a derrière la Banque Universelle une mystique très puissante, sans doute la plus puissante possible à l’époque: Elle se présente comme une Banque Catholique et Saccard fait courir le bruit que derrière les grands travaux de valorisation du moyen-orient se cache l’ambition du retour de la chrétienté en Terre Sainte et de l’établissement du Pape sur le trône de Jérusalem.

Voilà un projet soutenu par le Christ lui-même !

L’idée est suggérée par les publicités sans jamais être affirmée, elle fait son chemin au point que le slogan non-officiel de la banque devient « Dieu le veut », en latin Deus Vult.

HoldTheEth, lorsqu’il aura propulsé sa petite entreprise sur les sommets, pourra toujours sauver son image publique en affirmant que ce nom est une référence subtile à Zola et non un slogan d’extrême droite… dédi à lui.

B) Toujours le même déroulement

D’abord les initiés, les proches, qui acquièrent les actifs à vil prix. Dans notre cas pour rien (mais c’est une fraude). Ensuite l’actif touche un marché où les professionnels tentent, bon an mal an, de se négocier les titres entre eux durant la phase ascendante, c’est la Smart Money qui se positionne.

Et enfin viennent les cons.

Puis, ce fut enfin l’effrayante cohue des petits, la foule piétinante qui suit les grosses armées, la passion descendue du salon à l’office, du bourgeois à l’ouvrier et au paysan, et qui jetait, dans ce galop fou des millions, de pauvres souscripteurs n’ayant qu’une action, trois, quatre, dix actions, des concierges près de se retirer, des vieilles demoiselles vivant avec un chat, des retraités de province dont le budget est de dix sous par jour, des prêtres de campagne dénudés par l’aumône, toute la masse hâve et affamée des rentiers infimes, qu’une catastrophe de Bourse balaye comme une épidémie et couche d’un coup dans la fosse commune.
P.326

Au sommet de la folie spéculative Zola décrit un phénomène très particulier et très identifiable, un des rares signes visibles d’éclatement de bulle en application des principes de la finance comportementale. C’est ce moment durant lequel, à l’annonce d’une nouvelle catastrophique, les prix de l’actif concerné se mettent à augmenter au lieu d’au moins se stabiliser.

Le pis était que les nouvelles alarmantes avaient grandi, que la hausse s’enrageait, dans un malaise croissant, intolérable : désormais, on annonçait tout haut la catastrophe fatale, et on montait quand même, on montait sans cesse, par la force obstinée d’un de ces prodigieux engouements qui se refusent à l’évidence.
P. 376

Ce phénomène est révélateur d’un marché se trouvant dans une phase profonde d’aveuglement, caractéristique du sommet d’une bulle prête à éclater.

C’est cette même situation que l’on retrouve dans l’excellent film The Big Short (2015) lorsque les premiers signes de la crise des subprimes, la hausse des défauts de paiement en matière de crédit immobiliers, causent une hausse de ce même marché.

https://www.youtube.com/watch?v=SQTbbUASPLQ

Vous connaissez la suite…

C) Avec toujours la même cyclicité

C’était l’épidémie fatale périodique, dont les ravages balayent le marché tous les dix à quinze ans, les vendredis noirs, ainsi qu’on les nomme, semant le sol de décombres. Il faut des années pour que la confiance renaisse, pour que les grandes maisons de banque se reconstruisent, jusqu’au jour où, la passion du jeu ravivée peu à peu, flambant et recommençant l’aventure, amène une nouvelle crise, effondre tout, dans un nouveau désastre. P.457

Que dire de plus ? D’autres y retourneront et tout recommencera.

L’action de L’Universelle est passée, convertie à la louche en devise actuelle par mes soins, de 1000 à 6000 $ en un peu moins de 2 ans, pour finalement être décotée et ne plus valoir que quelques centimes.

IV) Et toujours l’Argent

Zola s’interroge sur la finalité de cette machine à désastre qu’est la spéculation, et c’est un débat récurrent sur le Forum Finance: à quoi servons-nous ?

Si la finalité de la spéculation était de rendre les riches plus riches et les pauvres plus pauvres alors peut-être en effet sommes-nous nuisibles…

C’est Saccard qui défendra le point de vue opposé dans le roman :

Comprenez donc que la spéculation, le jeu est le rouage central, le cœur même, dans une vaste affaire comme la nôtre. Oui ! il appelle le sang, il le prend partout par petits ruisseaux, l’amasse, le renvoie en fleuves dans tous les sens, établit une énorme circulation d’argent, qui est la vie même des grandes affaires. Sans lui, les grands mouvements de capitaux, les grands travaux civilisateurs qui en résultent, sont radicalement impossibles… p.161

En somme le jeu de la spéculation, en attirant par l’espoir de gain tant qu’on est prêts à courir un risque, permet aux entrepreneurs de trouver la liquidité nécessaire à leurs grands projets.

Saccard file ensuite une métaphore grivoise que je résume en une phrase: L’argent c’est comme le sexe, c’est pas toujours propre mais ça fonde des familles.

Quant à nous, nous allons conclure.

Conclusion: ce que m’a apporté L’Argent de Zola (et ce qu’il vous apportera peut-être)

(Car tout cela est bien entendu une invitation à lire le livre ! Ne croyais pas que ce compte-rendu est complet, il vous reste moultes choses à découvrir !)

Outre le vertige de retrouver si précisément décrits les mêmes phénomènes à 150 ans d’intervalle et le plaisir immense de lire le maître du naturalisme (les extraits ont aussi été sélectionnés pour leurs qualités littéraires), je dirais que l’Argent a fait murir le regard que je porte sur la finance.

C’est bien simple j’ai l’impression d’avoir gagné 5 ans de pratique !

Réaliser d’abord que ce sont toujours les mêmes qui gagnent: ceux qui jouent petit et ceux qui jouent gros.

Ceux qui jouent gros car ils ont les reins assez solides pour tenir une position à perte jusqu’à ce qu’elle soit rentable, il a fallut du temps avant que le short de Gundermann ne le devienne et personne à part lui ne pouvait tenir cette position si longtemps.

Ceux qui jouent petit dans le sens, comme au poker, de « serré », qui savent prendre leurs profits rapidement et couper leurs pertes au bon moment. Huret, le contact de Saccard au gouvernement, « ne perd jamais » car il accumule dans la sagesse du paniqué… Zola en a fait un personnage particulier de la saga qui détient la prescience de la débâcle à venir: la défaite de Sedan, le chute de l’Empire et la récession. Son but n’est donc rien d’autre que de valider ses profits certains pour s’assurer une retraite de châtelain en province avant le grand déluge.

Car les fortunes se bâtissent dans le temps, en faisant preuve de patience, stratégie et rigueur et côtoyer les spéculateurs du XIXème siècle permet de mettre en perspective ces échelles de temps. Le colossale patrimoine des Gundermann-Rothschild prend source dans cette conception de l’argent au long cours…

Cela remet aussi en perpective la perception faussée que nous avons de notre propre marché, où tout va très vite et où nous pensons toujours, à tort, manquer de temps. Le temps est un luxe bien rare dont nous jouissons plus que tout dans ce marché, naissant et promis à de grandes heures !

Profitons donc de cette échelle de temps pour mettre en perspective nos actes, oublier une seconde la volatilité, et se dire que dans 150 ans de jeunes spéculateurs liront nos exploits et s’en inspireront tout en se moquant de notre sentiment d’urgence.

Enfin, et je finirai sur ça, le duel à mort que se livrent Saccard et Gundermann nous rappelle que la finance est une guerre. Une lutte pour le contrôle des ressources où il ne peut y avoir de gagnants sans perdants. Lire L’Argent c’est renouer avec cet aspect de lutte qu’on perd en tradant sur ordinateur. Les moyens de gagner, les sacrifices qu’on est prêt à consentir, tout concorde et L’Art de la Guerre est une belle introduction au trading…

Sur les marchés comme partout ailleurs ayez toujours un livre d’avance sur vos adversaires.

Hookdoch
23 mai 2018 à 22:12:53

When coss http://image.noelshack.com/fichiers/2017/30/6/1501318852-jefftuchezoom.png

ocram888
23 mai 2018 à 22:15:20

J'ai pas lu mais promis je le met de côté pour plus tard avec un petit café... :coeur: :-)

eristoffvodka
23 mai 2018 à 22:15:59

Je lis ca demain au taff chef

FSB-Rus
23 mai 2018 à 22:17:21

Un post qui fait plaisir à lire au milieu de toutes ces singeries

TaKlair
23 mai 2018 à 22:19:53

Je up, je lirai le pavé demain

DavidIcoMoon
23 mai 2018 à 22:20:09

Je garde ça sous ma couette, cimer kheys, mon article Medium est bientôt terminé, j'espère que tu pourras le reviewer http://image.noelshack.com/fichiers/2016/47/1480040368-1465696904-img25.png

FaunoLeFaune
23 mai 2018 à 22:23:54

Je repousse toujours plus loin les limites du pavé https://image.noelshack.com/fichiers/2016/47/1480250333-risitassueur.png

Prenez votre temps, je pourrais pas non plus le lire en une seule fois https://image.noelshack.com/fichiers/2016/50/1482000512-onsecalmerisitas.png

MrAndersonEuw2
23 mai 2018 à 22:24:31

Sacré pavé http://image.noelshack.com/fichiers/2017/14/1491484186-risitasueur.png

MasterDreams
23 mai 2018 à 22:24:56

Ces topics bordel, ces topics :coeur:

KheyDChamps
23 mai 2018 à 22:25:33

Je lirai ça demain merci ! :ok:

Lyskey
23 mai 2018 à 22:25:48

Je le lirai demain matin autour de mon déjeuner thé cerise http://image.noelshack.com/fichiers/2016/48/1480464158-1474824966-1474551493-1474308964-1473610653-picsart-09-11-06-13-46.png

TheLoluex
23 mai 2018 à 22:31:58

Je prend un bol de céréales et j'attaque la lecture en même temps :hap:

[BAN]Factom
23 mai 2018 à 22:33:52

J'ai lu
Je lirais peut être le livre associé du coup

GavinAndresen
23 mai 2018 à 22:37:11

Merci pour ce gros résumé :ok:
Tu as bien spoilé mais je lirais quand même le livre.

Sinon il y a Le Joueur de Dostoievsky. Le livre se place dans une perspective plus micro, mais il livre quelques vérités intemporelles sur la psychologie des joueurs de casino.

Les cryptos, c'est un peu un casino non?

Enmajunior
23 mai 2018 à 22:41:20

Bon sang y a combien de mots là dedans http://image.noelshack.com/fichiers/2018/21/3/1527104948-kermiti.jpg

RSAtrader59
23 mai 2018 à 22:42:39

Bonne lecture.
Certifié par un maître de nos belles lettres !

Ps: t'as fait des études de litté ?
Ou une prépa dans laquelle tu as suivi des cours de litté ?

Bien joué !

LaChanceTrading
23 mai 2018 à 22:44:20

Merci pour le topic chef je lirai ça demain dans mon train :ok:

Sujet : Devenez un meilleur TRADER avec Émile ZOLA
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