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Histoire

Sujet : 7 avril 1904, Sénégal : l'assassinat de l'administrateur colonial Chautemps
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Histoar
Niveau 9
04 novembre 2023 à 15:25:46

Aussi connue sous le nom de "rébellion de Thiès", cette affaire a eu un grand retentissement.

7 avril 1904 : L'Administrateur Henri CHAUTEMPS est tué à la Résidence de Thiès par Diéry FALL, un prince de Cayor, ce dernier était venu répondre à une convocation de l'Administration coloniale qui l'accusait de vendre des captifs. Il était accompagné de Kanar FALL et de Sarithia DIEYE

https://www.youtube.com/watch?v=XeMx8ICEl28&t=5s

Le célèbre Léopold Cedar Senghor célèbre dans cette émission de radio Sénégal cet assassinat comme un acte de bravoure et de rébellion contre la France coloniale. Senghor fut le premier maire de Thiès après l'indépendance.
L'accent n'est pas mis sur la raison pour laquelle le chef de tribu était condamné : traite d'esclaves.
Les sénégalais aujourd'hui quand ils parlent de cette histoire ne condamnent jamais l'esclavagiste sénégalais, mais célèbrent l'assassin du français venu l'arrêter pour esclavage.

La région de Thiès (30 km à l'est de Dakar) n'est colonisé que dans la deuxième moitié du XIX°s. Donc la loi française s'applique. Or, l'esclavage est aboli depuis 1848. Mais dans cette région l'esclavage est toujours pratiqué par les noirs et il arrive que des esclaves soient vendus le jour du marché. Les autorités françaises sévissent alors.

Diery Dior Ndella est le fils de Samba Yaya Fall, 32eme Damel du Cayor, destitué par les français, et sous surveillance à Saint Louis avec interdiction d’en sortir.
Le 18 Octobre 1891, apprenant le décès de sa mère, Samba Yaya a voulu se rendre aux funérailles de celle-ci. Face au refus du colon, il n’a pas supporté l’humiliation, et a préféré se suicider et laver l’affront en se jetant dans le fleuve Sénégal.
Selon la coutume de l’époque, dans les familles princières, lors d’un mariage Diéry avait reçu en dote deux esclaves. D’après certains, c’est Kanar Fall, ex chef suprême du Baol Occidental destitué par le colon, qui aurait offert les esclaves à Diery lors de son mariage avec la sœur de celui-ci.

Diery se rend alors au marché de Thies pour y vendre un esclave.

L’amitié que Diéry Dior entretenait avec son ami et griot, Sarithia Massamba Dièye était plus forte que la mort. Le 7 avril 1904, Diéry, kanar Fall et Bocar Thilass, chef de canton du Guéoul sont convoqués à Thiès, par l’intérimaire du commandant Prempain, à l’emplacement actuel du palais du gouverneur, pour délit de vente d’esclaves, interdit en ce temps.
Il est condamné à une amende et 15 jours de prison. Il ordonne son arrestation.

Mais Diery refuse d'aller en prison et de se laisser arrêter. Une bagarre commence. Les servants s'en mêlent. 2 gardes sont blessés. L'administrateur colonial Henry Chautemps qui travaillait à l'étage est alerté par le vacarme et se précipite. Il prend lui aussi un coup de couteau et meurt de ses blessures.

Diéry et sa clique s'enfuient alors et partent en cavale dans la brousse...

Lassé par la cavale, Fall trahit Diéry. Le 9 Avril 1904, alors que Diery était recherché mort ou vif, Kanar Fall préféra le tuer. Il lui coupa la tête et un bras qu’il remit dans un sac au Commandant Prempain.
Pour terroriser la population, les restes de Diery furent exposés sur la place du marché de Thiès.

Pour le meurtre de Henry Chautemps, les sentences furent :

Sarithia Dièye : exilé à vie en Guyane
Kanar Fall : 20 ans de prison
Bocar Thilaas : blanchi dans l’affaire.

https://www.noelshack.com/2023-44-6-1699106296-13497902-1105555189501177-1535213687486373259-o.jpg https://www.noelshack.com/2023-44-6-1699105431-thies-696x447.jpg
https://www.noelshack.com/2023-44-6-1699105199-capture-d-ecran-2023-11-04-a-14-39-21.jpg
https://www.noelshack.com/2023-44-6-1699105518-fkn6xltxwacrief.jpeg

Henry Chautemps était âgé de 24 ans il faisait ses débuts en politique mais il n'était pas n'importe qui. Il était le deuxième fils du ministre et sénateur Emile Chautemps.
En1908 un livre célèbrera cette grande famille politique (https://archive.org/details/leschautempsuneg00gauc). 2 de ses frères mourront au champ d'honneur en 14-18 et le troisième sera gravement blessé. Le dernier des frères est Camille Chautemps dont la réussite politique sera encore plus grande que celle du père : il devient président du conseil (premier ministre) 3 fois dans les années 30.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Émile_Chautemps
https://fr.wikipedia.org/wiki/Camille_Chautemps

Berlinerschloss
Niveau 37
04 novembre 2023 à 19:14:33

L'accent n'est pas mis sur la raison pour laquelle le chef de tribu était condamné : traite d'esclaves.
Les sénégalais aujourd'hui quand ils parlent de cette histoire ne condamnent jamais l'esclavagiste sénégalais, mais célèbrent l'assassin du français venu l'arrêter pour esclavage.

:rire:
Tu aimes bien de noyer les poissons toi. Ce serait bien que tu te renseignes un peu plus sur le Royaume de Cayor.
Tu penses vraiment que ce prince vend des exclaves à l'époque ou Sénégal est dominé par les Francais, comme ca ? réfléchis un peu ! A cette époque, la France est en guerre perpétuel depuis 1840 en Afrique contre les Royaumes, les Emirats et les seigneurs de guerres.
La, ce n'est pas un pb d'exclavage mais de territoire et de conquète colonial.
Officiellement il est condamné parce que le prince a libérer les captifs, c'est à dire les exclaves-guerriers de Royaume de Cayor.

Je vais raconter l'histoire de Royaume Cayor. C'est un petit royaume qui est situé entre Dakar et Saint Louis, fondé à l'époque de Moyen Age. Ses systemes politiques ressemblent beaucoup au Empire Ottoman, Empire Mongole et la Prusse au temps des Teutoniques. Ses guerriers sont réputé comme dur, impitoyables et tenaces. Ils sont pret à se battre jusqu'à la mort. On peut dire qu'ils sont comme les Spartiates et les Mongoles pour leur violence.
Le Royaume de Cayor pratique l'exclave. Sauf que ses exclaves ne vont pas aller sur le terrain pour travailler dans les champs mais ils deviennent guerriers et ils sont pret à tout pour servir leur Roi, Damel de Cayor, le titre Royal. C a D Exclave-Guerrier ou Ghulam comme les Janissaires, les Mamelouks...
L'économie du Royaume est basé sur le commerce de gomme arabique, la peche et l'algriculture.

Les Francais achetent du terrain de Saint Louis et Dakar au royaume entre 1650 à 1850 et ils font du commerce avec surtout la gomme Arabique. De 1850 à 1900, les Francais mènent la conquête coloniale. Contre le Cayor, les Francais essuient beaucoup défaite militaire parce qu'ils sont en face un Royaume organisé, les soldats professionnels et un bon et excellent Damel. Le plus célèbre est Lat Dior qui a humilié les Francais.
Faidherbe a écrit dans ses mémoire :
« Depuis vingt-cinq ans, Lat-Dior nous avait toujours combattu, soit par les armes, soit par ses agissements. Il nous infligea autrefois un désastre sanglant à N'golgol, où cent trois de nos hommes sur cent quarante restèrent sur le terrain ; en 1869, ses cavaliers détruisirent presque entièrement à Mekhey l’escadron de spahis sénégalais [...] ».Faidherbe, « Le Sénégal, la France dans l’Afrique Occidentale »,
Ce qui oblige aux Francais de prendre les soldats d'origine Sénégalaise : les anciens guerriers de l'Empire Ghana.
Une fois que les Francais ont réussi à détruire le royaume de Cayor au bout de 50 ans de guerre intense. Ils veulent se venger de l'humilitation donc humilier le dernier répresentant de la famille royale : Prince Diery Dior Ndella afin de briser les Cayor une fois pour toute. N'oubliez pas que, les Francais viennent de vaincre le Royaume de Cayor avec bcp de difficulté, les habitants du Sénégal sont méfiant envers les Francais et en plus les Francais ne controlent que Dakar et Saint Louis puis Rufisque, à l'intérieur des terres, c'est plus compliqué. C'est pour cette raison que les Colons cherchent à tuer tous les représentants des Royaumes par tous les moyens en inventant des excuses bidons. Comme quoi le prince est accusé de vendre les exclaves. Alors que que non il veut recupérer ses guerriers, plutot les exclaves guerriers, pour mener la guerre coloniale !!!!

Histoar
Niveau 9
05 novembre 2023 à 22:51:58

Malheureusement pour toi, les faits sont là : il est condamné pour vente d'esclave au marcha de Thiès. Il assassine ensuite l'administrateur colonial parce qu'il refuse cette condamnation et revendiquait de vendre des esclaves librement. Les rois nègres pratiquaient l'esclavage et refusaient de l'abandonner.

Histoar
Niveau 9
06 novembre 2023 à 10:44:22

La tête et le bras de Diéry Fall exposés à Thiès (article du 11/06/1904). Une carte postale a aussi été tirée de cette scène :
https://www.noelshack.com/2023-45-1-1699263814-assassinatchautempsb.jpg

Canar Fall prisonnier :
https://www.noelshack.com/2023-45-1-1699263635-fph608.jpg

http://senegalmetis.com/B7_Canar_Fall_files/AssassinatChautempsb.jpg

Coumba Arehn, courtisan de Canar Fall, a participé à la bagarre :
https://www.noelshack.com/2023-45-1-1699263692-2004-3213.jpg

Histoar
Niveau 9
06 novembre 2023 à 11:21:55

Diéry et Sérithia sont aujourd'hui célébrés par la propagande antifrançaise comme des héros africains.
Qu'ils aient été condamné pour avoir esclavagiser leurs "frères" noirs africains est totalement occulté. On ne célèbre à travers eux que l'assassinat d'un fonctionnaire français.

Un film de propagande a été réalisé à dessein en 1981 au Sénégal. :Jom (ou L'Histoire d'un peuple)
Il est présenté au Festival de Cannes en 1982. La critique française l'encense.
Il est réalisé par Ababacar Samb Makharam, un homme qui doit pourtant son ascension à la France et son système colonial.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Jom_(ou_L%27Histoire_d%27un_peuple)

Ababacar Samb Makharam est né le 21 octobre 1934 à Dakar dans une famille de pêcheurs Lebou et d'agriculteurs. Il y obtient son certificat d'études primaires à l'École Primaire de la rue de Thiong puis suit les cours en 1950-51 du Centre de Formation Professionnelle de la Marine de Dakar. Les deux années suivantes, il travaille dans un cabinet d'avocat tout en rassemblant l'argent nécessaire pour aller à Paris où il arrive en 1953.
En 1955, il quitte son pays et se rend à Paris où il s'inscrit au Centre d'Art Dramatique de la rue Blanche. A cette époque, il fonde une troupe théâtrale "LES GRIOTS".
Au cinéma, ABABACAR SAMB participe en tant qu'acteur à de nombreux films dont TAMANGO de John BERRY et LES TRIPES AU SOLEIL de Claude Bernard AUBERT.
En 1958, il suit des cours du Centre expérimental du cinéma à Rome.
Après un voyage d'études aux Etats-Unis en 1962-63 pour parfaire ses connaissances cinématographiques, il travaille à Paris à l'Office de coopération radiophonique (OCORA) où il produit notamment Au-delà des mers, et comme assistant réalisateur à l'ORTF, ainsi qu'à Présence africaine.
En 1966, il réalise un court métrage de fiction ET LA NEIGE N'ÉTAIT PLUS (23 minutes), Grand Prix du festival Mondial des Arts Nègres et le Grand Prix du Festival de Dinard (H.F.E.F).
En 1971, il réalise son premier long métrage de fiction KODOU (1 heure 40 minutes), Prix Georges SADOUL.
En 1972, il devient secrétaire Général de la F.E.P.A.C. (Fédération PanAfricaine du Cinéma) jusqu'en 1976 et est alors élu Président des Cinéastes Sénégalais associés.
C'est en 1980-1981, qu'il réalise et produit JOM.
https://www.semainedelacritique.com/fr/realisateurs/ababacar-samb-makharam
https://fr.wikipedia.org/rg/wiki/Ababacar_Samb_Makharam

Histoar
Niveau 9
17 novembre 2023 à 14:39:19

Dans la région où ce brave administrateur a été assassiné, l'esclavage était organisé et entretenu par les élites musulmanes.

Un fonctionnaire de l'administration coloniale nous décrit cette société sauvage où l'esclavage restait pratique courante malgré l'occupation française :

Le marché aux esclaves de Matam (Sénégal)

La cité de Matam a pour origine une importante place forte, perchée sur une terrasse surplombant un méandre du fleuve. Elle accueillait jadis un marché aux esclaves que les guerriers peuls allaient chercher jusqu'en Guinée pour les vendre aux propriétaires terriens et éleveurs nomades de Mauritanie. Plus tard, certains de ces esclaves furent dirigés vers Saint-Louis et Gorée, où les prix offerts par les négriers européens étaient plus attractifs. Le nom de la ville viendrait du mot « matama », ce qui en langage toucouleur signifie payer comptant. Le vieux quartier Taïdié, dominé par une massive mosquée en banco est encore le témoin de cette ancienne ville, car certaines maisons sont équipées de cellules qui servaient à stocker les esclaves en attente de commercialisation. Matam est aussi le siège d'un grand marché agricole. L'agglomération rassemble un grand nombre de commerçants, d'artisans forgerons, bijoutiers, céramistes, et aussi des usuriers et dei marchands d'esclaves, car ce commerce, relativement clandestin, existE encore.

La traite est organisée par les élites musulmanes

La société citadine est dominée par les farouches toucouleur musulmans. Si l'influence particulière des mourides n'est pas aussi sensible qu'à Podor, les relations des notables avec l'administration française sont toujours empreintes d'une profonde méfiance réciproque, et l'art de gouverner consiste à respecter faire respecter les domaines de compétence des uns et des autres. Les droits de la France « protectrice » sont toujours l'objet de chicanes larvées, et il nous faut sans faiblesse veiller à maintenir nos prérogatives auprès des autorités locales indigènes.

Les sujets de discorde ne manquent pas. Ainsi, il persiste à Matam une forte tradition de l'esclavage. Cette pratique séculaire est inscrite dans le droit islamique qui précise que pour effacer ses fautes et gagner le paradis, un musulman peut libérer un esclave. Il doit donc posséder des esclaves ! Les « harakims » (esclaves) sont donc dans un statut que l'Administration des affaires indigènes ne peut pas ignorer, mais ne peut combattre sans s'attirer l'opposition des autorités locales traditionnelles, qui sont ici musulmanes et issues de la classe possédante ou de quelques puissantes familles de marabouts. Ce sont en effet ces notables qui sont les interlocuteurs et les partenaires des commerçants et des fonctionnaires français.

La France seule issue de secours pour les esclaves en fuite

Les esclaves qui fuient leurs maîtres, fournissent la main d'oeuvre déracinée et bon marché des villes de Dakar, Saint-Louis, Rufisque et Kaolack, ainsi qu'une partie des recrues de l'armée coloniale où ils sont à l'abri des poursuites de leurs propriétaires. Par leur engagement dans l'armée, ils se trouvent à nouveau dans une dépendance très stricte, mais bien plus supportable que celle qui leur était infligée par de mauvais maîtres brutaux et impitoyables. Leur uniforme, leurs fonctions et leur solde, les dotent d'un statut social extérieur à leur milieu d'origine, mais de domination sur la société indigène dans laquelle ils n'étaient rien.

L'Administration laisse donc les indigènes agir selon le droit traditionnel, et ferme les yeux sur les multiples violations des droits de l'homme, tant qu'elles ne concernent pas des citoyens français. Les principes humanitaires et le droit français n'ont pas vraiment cours dans le protectorat.

Le sort d'une femme esclave et ses filles

Aujourd'hui je ressens un profond sentiment d'impuissance et de révolte devant la situation de cette femme venue hier m'expliquer que son mari étant mort, son beau-frère, frère aîné de son mari, vient de vendre ses deux filles (génétiquement ses nièces) comme esclaves. Cette femme était une jeune esclave de la famille, et avait été épousée par un des ses jeunes maîtres. Le statut d'esclave étant transmis par la mère (principe du droit utérin), ses deux filles se retrouvent légalement esclaves de leur oncle, comme elle même est esclave de son beau-frère, sans aucun droit, avec le seul devoir d'obéissance qui s'impose à toute femme musulmane et à tout esclave ! Son recours auprès de l'administration française n'est pas recevable, car en vertu du protectorat, sa protestation et sa plainte relèvent de la seule compétence des tribunaux indigènes, dominés par les instances religieuses musulmanes, et dont le prochain verdict ne fait hélas aucun doute.

Histoar
Niveau 9
19 novembre 2023 à 21:31:43

Toujours le même Armand Belly nous parle des sociétés africaines et de la condition misérable des femmes en particulier :

Bakel, 30 novembre 1908
Le village de Bakel, capitale du pays Sarakolé est à la pittoresque et nauséabond, et bruyant. La majorité de sa population (presque un millier d'habitants) appartient au peuple des Mandingues,d'ascendance berbère, venu de l'Adrar mauritanien dans les bassins du Haut Niger et du Haut Sénégal. Ce peuple est musulman, mais moins prosélyte et intolérant que les Toucouleurs de Podor et Matam. Cependant la condition de la femme indigène n'est ici pas plus enviable que dans ces cercles. Dès l'âge de 11 ans, les filles sont retirées de la vie publique et confinées dans les taches domestiques. Les garçons sont de leur coté astreints aux travaux de l'apprentissage du métier de leur père, ou du patron à qui ils ont été, en quelque sorte, vendus.

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Sujet : 7 avril 1904, Sénégal : l'assassinat de l'administrateur colonial Chautemps
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