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Savoir & Culture

Philosophie

Sujet : L'usage des textes : La désubstantiation du sens
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[arashi]
Niveau 33
27 novembre 2023 à 18:16:09

Il y a de cela plusieurs années maintenant, j’ai proposé un topic (https://www.jeuxvideo.com/forums/42-68-67036899-1-0-1-0-le-forum-philo-et-le-fondement-du-sens.htm) dont le sujet portait sur les modes de fondation du sens. J’y avançais qu’il est possible de schématiquement considérer ces modes en trois catégories : l’intentio auctoris (ou intention de l’auteur), l’intentio operis (ou intention de l’œuvre) et enfin l’intentio lectoris (ou intention du lecteur). Ces trois concepts nous proviennent du sémioticien Umberto Eco.

L’intention de l’auteur correspond évidemment à l’intention « consciente » de l’auctor du texte (ce qu’il voulait dire) ou inconsciente (ce qui habitait l’inconscient de l’auctor). Cette approche de fondation du sens est notre tendance standard (et naïve), probablement car le dialogue réel (moi ou vous qui discutez avec un autre) prend la structure de l’intentio auctoris. En effet, si je discute avec un autre, ou si un autre me dispense un cours, et que je ne comprends pas, ou que je crois comprendre, il m’est toujours possible de demander si X signifie Y, et l’autre peut me répondre. Or, lorsque nous lisons de la philosophie, ou de la littérature, nous n’avons pas affaire à un sujet qui peut nous répondre comme un sujet conscient, mais à une entité dont le niveau d’existence n’est ni subjective ni objective. Dans le cas de la philosophie, il est bien possible que nous visions idéalement l’intention consciente du philosophe que nous lisons, néanmoins cette intention nous est, dans l’immense majorité des cas, absolument inaccessibles. À mon sens, tenir l’intentio auctoris comme réelle source de la fondation du sens, c’est tomber dans une illusion transcendantale qui transpose la structure dialogique vers la structure textuelle.

La seconde approche, qui semble la plus sensée, ou du moins la plus attendue, est l’intentio operis, soit la doctrine qui avance que le sens est fondé dans l’œuvre, que seule l’œuvre peut nous dicter le sens. C’est déjà, à mon sens, une approche plus exacte, bien qu’elle soit confrontée à d’autres soucis. C’est également l’approche dominante, tant en études littéraires en France qu’en philosophie. Si l’intentio operis est si dominante en France, c’est à cause, ou grâce au structuralisme et à certains poststructuralistes (Derrida en tête).

Reste donc l’intentio lectoris qui, en elle-même, semble la position la plus faible. Fonder le sens sur l’intention seule du lecteur est en effet une approche idéaliste et subjectiviste la plus crasse, et c’est à cause de cette faiblesse immédiate que dans ce vieux topic je me suis refusé à la défendre, bien que ce soit ma position. Je pense en effet que l’intentio lectoris bien compris décrit adéquatement la structure de la fondation du sens, tel que le sens émerge dans la lecture littéraire. Il est possible que ce soit également le cas dans la lecture philosophique, bien qu’il soit envisageable que le statut ontologique du sens diverge dans le discours philosophique. Je pointerais malgré tout le fait que la compréhension historique des philosophes n’est pas constante, que les philosophes sont constamment remobilisés à partir d’un autre point d’entrée, en mettant davantage d’importance sur un élément en particulier, etc. Autrement dit, même en restant au plus près du texte, sa compréhension varie. Bien entendu, à ce stade, nous n’avons proposé qu’un argument empirique, et cet argument n’empêche pas en droit la croyance qu’il existe une plus juste compréhension, une compréhension exacte du texte. Évidemment, cette compréhension plus juste, c’est toujours nous qui l’avons, ou la communauté interprétative à laquelle nous appartenons, et puisque nous avons tous la même croyance, nous sommes tous bien avancés.

J’ai, ces dernières années, travaillé sur mes recherches qui portaient justement sur l’intentio lectoris, pas sur l’intentio lectoris en elle-même, mais sur la manière dont des théoriciens et théoriciennes contemporains de la littérature en font le bon modèle pour décrire l’expérience fondamentale des lecteurs (il faut ici aborder cette expression de « fondamental » comme le sous-la-main dépend structurellement de l’à-portée-de-la-main chez Heidegger). Ces théoriciens étaient Yves Citton, Marielle Macé, Florent Coste, Frédéric Jousset et Hélène Merlin-Kajman. Après ces années de travail, mon article est terminé et je souhaite le résumer en ces idées principales, sans ses exemples ou son argumentation.

[arashi]
Niveau 33
27 novembre 2023 à 18:16:25

P1 : Co-relationalité
1) Il n’existe pas d’expérience absolu du texte littéraire, autrement dit il n’existe pas, pour l’espèce humain, de statut absolu/objectif/indépendant du texte littéraire.
2) Contre ce modèle absolutiste où le texte ne renvoie qu’à lui-même, les théoriciens défendent une conception processuelle des objets littéraires selon laquelle les propriétés des textes émergent au terme de rapports dynamiques et réciproques avec le lecteur.
3) Le texte littéraire, ce n’est pas sa suite typographique, mais le sens de ses caractères.
4) À cet égard, Coste affirme à bon droit que
l’art perdrait toute son intelligibilité si on le débranchait artificiellement des modes d’organisation sociale, des problèmes urbanistiques et architecturaux, des agencements économiques, des nœuds politiques avec lesquels il est en parfaite et continue transaction.
5) Donc, le texte littéraire, ou plutôt l’art comme expérience, ne réside ni dans l’objet-livre ni dans le sujet-lecteur, mais dans l’être relationnel qu’est leur rencontre.
6) Le texte littéraire est un être modal, il doit être abordé dans le cadre d’une ontologie modale, processuelle, dynamique.
7) La construction du texte par le lecteur se double nécessairement d’une construction du lecteur par le texte. Les deux notions du couple lecteur-texte sont dès lors relatives l’une par rapport à l’autre, où les unes par rapport aux autres dans le cadre d’une communauté interprétative ; les termes s’entredéterminent et se soutiennent ainsi mutuellement.
8) Nous retrouvons à chaque fois un double rejet dans la structure : d’une part, rejet de la détermination du sens par un texte actif dont le lecteur se bornerait à recevoir passivement la signification ; d’autre part, refus de la vision inverse où ce serait le seul lecteur, en tant que sujet actif, qui déterminerait par son activité projective la signification d’un texte résolument passif. Le premier rejet correspond à la disqualification d’une approche objective de la signification et le second, à la disqualification d’une approche subjective. Refuser que l’objectivité et la subjectivité soient les pôles dominants dans l’élaboration du sens n’épuise cependant pas l’ensemble des possibilités, car comme nous l’avons vu, en plus des substances objectives et subjectives, il reste la relation en elle-même.
9) Dès lors que la priorité ontologique ne revient plus aux substances (Texte ou Lecteur), mais à la relationnalité, l’un des termes de la relation ne peut plus être univoquement considéré comme le terme actif et l’autre, le terme passif.
10) L’activité et la passivité sont traditionnellement en position de disjonction exclusive l’une par rapport à l’autre : autrement dit, lorsqu’un lecteur est actif, alors le texte est passif, et réciproquement. Cela ne se passe toutefois pas ainsi dans le cadre de notre corpus, car le rapport de ces deux pôles correspond davantage à celui d’une disjonction inclusive, voire d’une conjonction : le lecteur est actif et passif, le texte est passif et actif.
11) Considéré abstraitement, la structure expériencielle entre un lecteur et un texte est une structure de co-relationnalité. Considéré plus concrètement, la codétermination prend la forme d’un processus d’actualisation des significations possibles d’un texte.
12) L’actualisation ne doit pas être appréhendée dans son acceptation aristotélicienne, comme actualisation totale du possible vers l’energeia (être-en-acte), mais comme actualisation impure, ou perdure la puissance textuelle et lectrice.
13) Aucune interprétation particulière ne suffit à clore toutes les significations possible vers un seul sens actuel. Ces significations persistent dans l'actuel et animent l'oeuvre d'art.
14) Le sens même et la vérité même de l’oeuvre d’art ne réside pas dans l’oeuvre d’art seule, mais dans le contact, dans la relation. La relation est le sens. Le sens n’a aucune existence absolue, car le sens provient de la rencontre, il ne préexiste pas à celle-ci.
15) Concrètement, l’actualisation impure est pour l’expérience littéraire le processus de comprendre. Comprendre, c’est com-prendre, prendre avec. La compréhension se situe étymologiquement dans la sphère du toucher, com-prendre, c’est se prendre avec. Com-prendre, c’est l’usage des textes (d’où la thèse de Wittgenstein selon laquelle le sens d’un mot, c’est son usage.) La com-préhension se situe donc dans la sphère du toucher, de la prise ou encore du contact, tout comme l’usage. Coste rapporte à cet effet l’explication du philosophe italien Paolo Virno sur ce qu’est l’usage. une pensée de l’usage tend à privilégier le sens du toucher. Qu’il s’agisse de mots ou de vêtements […] tout ce dont on fait usage est contigu, […] susceptible de frottements. En outre, la contiguité dont parle Virno dans son analyse de l'usage correspond à la structure de co-relationnalité. Il avance que la chose utilisée rétroagit sur le vivant qui l'utilise, en transformant sa conduite. C'est la même réflexivité qui caractérise l'expérience du toucher. Qui touche une branche est touché à son tour par la branche qu'il est en train de toucher. L'activité du sujet de l'usage est selon le philosophe constitutivement renvoyée à sa passivité par la rétroaction de l'objet. De même, nous avons vu que le sujet-lecteur n'est pas souverainement maitre de l'objet-livre, car celui-ci le transforme tout autant.

[arashi]
Niveau 33
27 novembre 2023 à 18:17:38

P2 Le texte : une virtualité

1) Le processus d'actualisation, que l'actualisation soit pure ou impure, suppose logiquement une oeuvre inactuelle, car il serait absurde que l'actualisation s'opère sur un objet déjà actuel.
2) Les théologiens de la scolastique médiévale proposèrent trois concepts techniques dont le sens diffère légèrement pour traduire dynamis : possibilis, potentialis et virtualis. Virtuel qualifie un mode d’être du sens, qui vise à rendre compte de sa transformabilité.

3) À la différence de la dynamis, qui s'oppose au réel, la virtualis insiste sur la réalité de ce qui est virtuel. Cette dernière composante du concept est appuyée par la définition que propose Gilles Deleuze de la virtualité. Elle ne s'oppose pas au réel, mais seulement à l'actuel. Le virtuel possède une pleine réalité, en tant que virtuel. Le virtuel doit même être défini comme une structe partie de l'objet rée;. Vitali-Rosati ajoute que chez Deleuze le virtuel ne disparait pas lors du passage à l'acte. Sa multiplicité reste derrière l'actuel même, et surtout, après l'actualisation.
4) Dans son expérience de la littérature, le lecteur comprend quelque chose, mais quel statut accorder à ce quelque chose? Que ce soit sous la forme des connotations sémantiques (Citton), des usages (Coste) ou de la forme et du style (Jousset et Macé) de la littérature, il nous semble que ces redéploiement du topos littérature de la polysémie des textes sont adéquatement rendus par le mode du virtuel. Continuellement ouvert à de nouveaux usages, même caché dans le miroitement des usages actuels, le texte véritablement brûle sans se consumer.

P3 Le lecteur : une forme de vie

1) La forme de vie est à la fois employée pour rendre compte des processus de subjectivation qu’implique la lecture et pour décrire l’entrecroisement des manières d’être et de dire.

2) La médialité du langage n’est pas un obstacle entre soi et le monde, mais en conditionne l’expérience. Macé remarque à juste titre que le plan des formes devient non un écran mais décidément un milieu. Nous retrouvons ici l’immanence réciproque de la structure co-relationnelle. Tel que le soutient Jousset, il est possible de parler d’un monisme linguistique, où le monde n’existe qu’en tant qu’usage du monde, en tant que pratique du monde, dont la signification (le sens pour nous) n’est pas détachable de son expression.

3) Alors qu'on pourrait attendre du procès d'actualisation qu'il ne détermine que les propriétés textuelles, il a été montré que ce procès advient entre le corps textuel et le corps lecteur. Cela signifie qu'il s'applique aussi bien à l'un qu'à l'autre. Dans sa rencontre événementielle avec un livre, le lecteur est le sujet de l'activité textuelle, mais il est également l'objet passif actualisé par le texte. Nous pourrions aussi bien dire que le sujet-lecteur et l'objet-livre sont actualisés par la rencontre elle-même. Si nous prenons au sérieux les thèses de cette ontologie modale, aucune prééminence ne doit être accordée aux sujets souverains de la métaphysique moderne.

P4 Texte et lecteur : les capacités existentielles

1) Si notre hypothèse selon laquelle les théoriciens désubstantialisent la littérature est exacte, alors leur attention devrait se déporter de l’objet, dont la littéralité n’est plus une propriété objective, vers le mode d’attention. Ce mode d’attention pourrait être appréhendé sous le mode de la capacité, c’est-à-dire comme un pouvoir-faire.

2) Cette activité de lecture chez Jousset est pensée de manière extrêmement générale puisqu’elle n’est plus limitée à des objets typiquement littéraires. En effet, la lecture peut commencer […], avec […] le déchiffrement d’un ciel pommelé, l’interprétation plus ou moins oraculaire des bruits de la circulation […], et finir dans la méditation d’un roman de Lezama Lima. Dès lors, la lecture est une activité parmi d’autres activités plutôt [qu’]une occupation principalement livresque. Elle a donc plus à voir avec une puissance ou une capacité habituelle, une puissance fondamentale, qu’avec un savoir professionnel et privé. C’est pourquoi, comme le soutient Coste, pour lire, il suffit parfaitement de réagir (affectivement, intellectuellement, corporellement, somatiquement, politiquement, énergiquement, verbalement, musicalement).

3) [l’interprète professionnel] ne fait que systématiser et rédiger par écrit un geste de réponse que le [simple lecteur] aura esquissé mentalement dès qu’il aura compris (quelque chose) de l’oeuvre lue.

4) La compréhension est alors une puissance effective ou habituelle, dont est capable l’être humain dès lors qu’il peut faire l’expérience de textes, de signes ou du monde.

5) À cette compréhension fondamentale se superpose ensuite le savoir formaliste acquis dans les études littéraires.

[arashi]
Niveau 33
27 novembre 2023 à 18:18:07

P5 Co-relationnnalité, virtualité du texte, forme de vie du lecteur et capacités habituelles définissent proprement un rapport d’usage entre le lecteur et le texte. Si les textes des théoriciens possèdent les justificatifs à cette thèse, il faut passer par la philosophie centrée sur l’usage que construit Giorgio Agamben dans L’usage des corps pour voir surgir le lien structurel. En ce sens, ces quatre concepts sont les composantes de la relation d’usage.

Ces quatre composantes décrivent la structure transcendantale englobant toutes expériences littéraires de compréhension. La compréhension historique (replaçant l’œuvre dans son contexte historique d’émergence), théorique (interprétant l’œuvre à partir d’un point de vue théorique) ou analytique (analysant l’œuvre phrase par phrase) prennent appuies sur cette structure transcendantale dynamique. Ces modes de la compréhension fige le point de vue de l’interprétant afin de figer l’interprété (un semblant d’absolu) afin d’objectivement/scientifiquement faire surgir le sens. Cependant, comme le montre la structure transcendantale du sens, cette stabilisation du sens est toujours un phénomène empirique qui survient en fixant arbitrairement le point de vue de l’interprétant.

PIeinair
Niveau 47
27 novembre 2023 à 18:49:19

T'en tires quoi comme conclusion concrète dans ta vie ? Quand tu lis un texte ? Admettons que tu lises "les oiseaux volent" et que t'interprètes "les oiseaux nagent".

Il est signifié "les oiseaux volent" ou "les oiseaux nagent" ?

Parce que ça va tout droit dans la logique subjectiviste et égocentrique pour laquelle au fond rien n'est réel que ce qui t'arrange, raison pour laquelle d'ailleurs tu peux distribuer des titres de "fasciste" à qui tu veux quitte à violer les définitions même, après tout tu décides des définitions comme tu décides du reste. Mais une fois que t'es pris dans ce god complex tu deviens auteur de tout, et en tant qu'auteur dans ta logique d' "intentio lectoris" tu n'as aucune légitimité, et rien, d'ailleurs, n'en a, puisqu'on va venir démolir -et pervertir- tes propos avec la même ferveur que tu en as pervertis d'autres.

Et quand rien n'a de légitimité, il ne reste que la guerre ; la littérature, comme le dialogue qu'elle devait prolonger, ne veut plus rien dire pour personne et chacun peut la réinterpréter comme bon lui semble, elle ne devient plus qu'un outil de manipulation et d'oppression, le vecteur d'un rapport de force dans un monde où le sens n'est pas. SI tu vis avec pour thèse que la dialectique littéraire repose sur le sujet, tu vis dans une optique de loi de la jungle, pas foncièrement loin de l'anarchisme ou du libéralisme. Il faut, pour qu'une dialectique s'organise dans un cadre pacifique et vertueux -et intellectuel d'ailleurs, puisque ton propre mode de raisonnement à ce sujet va à l'encontre de ta thèse-, qu'il existe autre chose que les sujets, et que cette autre chose les dépasse. Qu'il s'agisse d'un auteur, d'une oeuvre, d'un Dieu, d'une vérité ou que sais-je. Un objet, une objectivité, une valeur supérieure sous laquelle se rejoindre. Même dans les coutumes les plus archaïques on a ça ; une salutation. Tu croises quelqu'un, tu salues, et ta manière de saluer est investie d'un même sens pour tout le monde, afin d'éviter l'agression latente qui existe dans le règne animal et qui s'exprime dès lors que rien n'est partagé.

Et tout ça se rejoint dans tes histoires de passif et d'actif ; s'il n'y a pas d'actif et de passif, il y a des égaux, et s'il y a des égaux, il y a une guerre. Puisque deux subjectivités s'opposent (chacune étant insoumise à l'autre ou une troisième), il ne reste que le conflit. Tu nous expliques que t'es tout content de te faire cracher dans la bouche parce que ça permet des inversions transcendantales de l'actif du passif ou de je-ne-sais-quoi, et tu opposes ça à un relationnel dans lequel l'actif et le passif sont prédéterminés, mais dans les DEUX situations il y a actif et passif, et pas égalité. D'ailleurs, dans les DEUX situations il y a techniquement soumission des deux sujets à un contrat social qui les dépasse et permet leur coopération, tout comme l'auctoris ou l'opéris peuvent permettre à la dialectique une coopération. Il existe un sens quelque part auquel nous devons nous soumettre (ou du moins à l'idée duquel nous devons nous soumettre) si nous souhaitons autre chose que l'aliénation des uns ou des autres.

Azab3
Niveau 6
27 novembre 2023 à 19:10:56

Le niveau du forum remonte mais timidement sans plus

Enndof
Niveau 23
27 novembre 2023 à 19:46:03

Plus interessant que la derniere fois.

Je ne suis toujours pas d'accord avec cette interpretation des choses en philosophie la ou la verité est reine. Parce que cette verité existe selon moi.

Je ne suis pas non plus d'accord en theologie, puisque ca mene a des reinterpretation. Il est dit dans certains cercles que si le Coran est aussi clair et simple dans ses preceptes c'est pour ne pas permettre le meme genre d'interpretation contradictoire qu'avec les paraboles et autres phrases enigmatiques de Jesus.

Bref dans les domaines ou il y a UNE verite a l'exterieur du texte ta these ne tient pas.

Par contre j'ai pas pu m'empecher de trouver cette maniere de voir interessante en poesie, musique clasique/instrumentale ou encore dans la peinture.

Et je pense que l'une des raisons pour laquelle ca me semble etre le cas c'est parce que dans ces arts l'auteur a LUI MEME comme intention de laisser le sens de son oeuvre etre decouvert lors de la rencontre qu'elle aura avec le public.

Comme tu le dis, je verrais bien un peintre ne considerer avoir vraiment accompli son oeuvre que lorsque celle ci aura ete vecu. Je le verrais bien etre pret a laisser le vrai sens se trouver quelque part entre sa vision initial et celui qui l'observe.

Tout ces arts ou l'auteur lui meme ne sait pas tout ce que son oeuvre contient me semble pouvoir etre interpreté avec ta theorie.

Pour la litterature c'est plus complique.

Certains auteur ont ta vision et ecrivent POUR proposer une experience unique a chaque lecteur et que le vrai sens se trouve dans la relation entre eux deux.

D'autres ont une vision beaucoup plus objective et personnelle de leur art.

Et ca tu le sais tres facilement quand tu lis un texte, si on cherche a te faire participer a la creation de son sens ou si on est la pour t'apporter une vision qui ne doit pas etre corrompu par un essai d'interpretation contraire a ce qui est clairement ecrit noir sur blanc.

Et c'est la ou je comprend pas les reinterpretation de nietzche.

Encore de sa poesie pourquoi pas. Mais pour le reste du corpus tout est la pour empecher la corruption.

Bref, reinterpreter d'accord mais seulement si c'est la la volonte explicite de l'auteur.

Pour revenir a l'exemple de la religion que je citais au dessus, concernant Jesus c'est tres interressant de se poser cette question.

Il est possible que l'eglise et l'islam ait rendu ses enseignement obectif et ininterpretable mais que ce n'etair pas son intention. Il est possible qu'il souhaitait que le sens de ses mots se trouve dans la rencontre que l'on faisait avec ses paroles. La facon dont on allait les accueillir.

De ce que j'ai lu de lui je ne vois pas comme chez d'autres auteur de phrase clair poussant a ne pas chercher a trouver le sens soi meme. Accueillir ce sens personelle et subjecti et le vivre tel quel comme un absolu.

[arashi]
Niveau 33
28 novembre 2023 à 16:23:40

Le 27 novembre 2023 à 19:10:56 :
Le niveau du forum remonte mais timidement sans plus

t ki?

T'as fait quelque chose pour justifier la pertinence de ton jugement?

[arashi]
Niveau 33
28 novembre 2023 à 16:35:30

Le 27 novembre 2023 à 19:46:03 :
Plus interessant que la derniere fois.

Je ne suis toujours pas d'accord avec cette interpretation des choses en philosophie la ou la verité est reine. Parce que cette verité existe selon moi.

Je ne suis pas non plus d'accord en theologie, puisque ca mene a des reinterpretation. Il est dit dans certains cercles que si le Coran est aussi clair et simple dans ses preceptes c'est pour ne pas permettre le meme genre d'interpretation contradictoire qu'avec les paraboles et autres phrases enigmatiques de Jesus.

Bref dans les domaines ou il y a UNE verite a l'exterieur du texte ta these ne tient pas.

Par contre j'ai pas pu m'empecher de trouver cette maniere de voir interessante en poesie, musique clasique/instrumentale ou encore dans la peinture.

Et je pense que l'une des raisons pour laquelle ca me semble etre le cas c'est parce que dans ces arts l'auteur a LUI MEME comme intention de laisser le sens de son oeuvre etre decouvert lors de la rencontre qu'elle aura avec le public.

Comme tu le dis, je verrais bien un peintre ne considerer avoir vraiment accompli son oeuvre que lorsque celle ci aura ete vecu. Je le verrais bien etre pret a laisser le vrai sens se trouver quelque part entre sa vision initial et celui qui l'observe.

Tout ces arts ou l'auteur lui meme ne sait pas tout ce que son oeuvre contient me semble pouvoir etre interpreté avec ta theorie.

Pour la litterature c'est plus complique.

Certains auteur ont ta vision et ecrivent POUR proposer une experience unique a chaque lecteur et que le vrai sens se trouve dans la relation entre eux deux.

D'autres ont une vision beaucoup plus objective et personnelle de leur art.

Et ca tu le sais tres facilement quand tu lis un texte, si on cherche a te faire participer a la creation de son sens ou si on est la pour t'apporter une vision qui ne doit pas etre corrompu par un essai d'interpretation contraire a ce qui est clairement ecrit noir sur blanc.

Et c'est la ou je comprend pas les reinterpretation de nietzche.

Encore de sa poesie pourquoi pas. Mais pour le reste du corpus tout est la pour empecher la corruption.

Bref, reinterpreter d'accord mais seulement si c'est la la volonte explicite de l'auteur.

Pour revenir a l'exemple de la religion que je citais au dessus, concernant Jesus c'est tres interressant de se poser cette question.

Il est possible que l'eglise et l'islam ait rendu ses enseignement obectif et ininterpretable mais que ce n'etair pas son intention. Il est possible qu'il souhaitait que le sens de ses mots se trouve dans la rencontre que l'on faisait avec ses paroles. La facon dont on allait les accueillir.

De ce que j'ai lu de lui je ne vois pas comme chez d'autres auteur de phrase clair poussant a ne pas chercher a trouver le sens soi meme. Accueillir ce sens personelle et subjecti et le vivre tel quel comme un absolu.

Il faut à mon sens distinguer polysémies interprétatives empiriques et transcendantales, c'est-à-dire dans un cas il faut simplement noter que tant les textes philosophiques que les textes théologiques (je suspends mon jugement sur la tradition musulmane dont je ne connais pas les pratiques interprétatives de fait, mais je doute qu'il n'y ait pas eu d'interprétations divergentes et inconciliables) ont constamment été réinterprétés sous le couvert du "malentendu" des anciens (ceux avant moi n'ont pas compris, ils ont mal entendu). Pour ce qui est des littéraires, il est évident que de fait les interprétations multiples sont monnaies courantes, et aucun théoricien actuel ne croit plus à la clôture du sens avancé par le formalisme et le structuralisme. De même, la posture d'auteurs souhaitant une interprétation univoque est extrêmement rare.

Il reste donc le point de vue transcendantal : en droit, est-ce que le texte artistique, littéraire, appelle à une univocité du sens ou à une multiplicité ?

Déjà, est-ce que l'auteur est le maitre de son texte? Ce n'est plus tellement une question débattue aujourd'hui, et le consensus est non, car l'écrivain écrit également avec son inconscient et son inconscient social, qu'il ne maitrise pas, car il n'est pas non plus le maitre du langage, qui signifie par-delà sa volonté. Car l'oeuvre signifie également par delà les choix de l'écrivain. Il est bien possible que l'écrivain dise "Non, je n'ai pas voulu signifier ceci", néanmoins cela n'est pas un argument très fort, car tout professeur sait bien que son étudiant écrit parfois des choses qui ne signifient pas ce que celui-ci avait en tête. Ajoutons que la possibilité pour l'écrivain de dire "Non, je n'ai pas voulu signifier ceci" est une possibilité toute récente. Je crois donc que même si un écrivain souhaitait une interprétation univoque de son oeuvre, et j'en connais en réalité fort peu, voire aucun, cet écrivain ne serait pas fondé à être le maitre du sens. S'il le souhaitait, il aurait dû choisir un autre médium d'expression que celui reconnu pour sa polysémie constitutive.

De toute façon, le début de mon argumentaire vise à montrer que la structure de l'expérience des oeuvres d'art n'est pas la même que celle des objets de la nature, mais repose sur la co-incidance entre l'objet et le sujet.

J'apprécie cependant ton message. Si c'est quelque chose qui t'intéresse, je sais que l'herméneutique théologique s'ouvre tranquillement aux approches interprétatives fondées sur l'intentio lectoris.

[arashi]
Niveau 33
28 novembre 2023 à 17:09:42

CONSÉQUENCE CONCRÈTE:

Dans un premier temps, absolument aucunes. Quelles conséquences concrètes tirer de la Critique de la raison pure? Aucune, les êtres humains continueront à spatiotemporaliser et à catégoriser comme avant : leur expérience objective n'est pas plus exacte après la lecture de l'ouvrage de Kant. Le propos de mon article ne vise pas tant à restreindre l'usage des textes que font les lecteurs, mais à critiquer, au sens kantien, les modes interprétatifs des "professionnels" de l'interprétation, qui débordent de la structure expérientielle de la littérature pour la remplacer par une structure objective telle qu'ils la déploient lorsqu'ils font l'expérience des objets de la nature.

Ton erreur résulte d'une incompréhension de la nature contraignante de la structure de l'expérience littéraire et du langage. Le langage est comme une branche : cette branche existe véritablement, objectivement, mais elle existe également sous forme de prise, et une prise n'existe que pour un sujet. S'il n'y a pas de sujet, humains ou non-humains, la notion de prise est insensée.
De plus, j'ignore si ce résumé en parle, mais il existe des structures de contrainte plus ou moins incarnée qui prennent en charge la structure d'usage. Par exemple, les communautés interprétatives dans lesquelles nous vivons contraignent ce qui peut être interprété d'une oeuvre littéraire, bien plus que n'importe quelle contrainte immanente à un texte. Les textes au contraire offrent des prises virtuelles que les lecteurs peuvent actualiser par l'entremise de leur forme de vie, mais ces prises existent bel et bien dans le texte. POur ton exemple absurde, dans un texte littéraire, en effet, la proposition "évidente" "Les oiseaux volent" peut signifier plus exactement "Les oiseaux nagent", en autant que le lecteur qui actualise ce sens puisse le justifier.

Il est signifié "les oiseaux volent" ou "les oiseaux nagent" ?

Parce que ça va tout droit dans la logique subjectiviste et égocentrique pour laquelle au fond rien n'est réel que ce qui t'arrange, [...] r -et pervertir- tes propos avec la même ferveur que tu en as pervertis d'autres.

Il faudrait que tu apprennes les bases philosophiques et de la lecture. Il n'y a nul subjectivisme dans cette théorie de l'interprétation. C'est d'ailleurs écrit en toutes lettres. De plus, tu mélanges la structure d'expérience oratrice et la structure d'expérience livresque. Dans la structure oratrice, dans laquelle nous sommes, l'interlocuteur peut répondre et dire "Non, ce n'est pas ceci que j'ai voulu dire" (il est malheureux que tes interlocuteurs doivent constamment le faire avec toi) tandis que dans la structure livresque, cette possibilité n'existe pas. Appliquer une structure à un autre cadre ne peut que conduire à des erreurs.

Le langage est certes une structure de contrainte, mais une structure relativement fluide. C'est pour cette raison que le dictionnaire est subordonné à l'usage des parlants, et pas l'inverse. Que cette structure soit relativement fluide ne signifie pas cependant que tout peut signifier n'importe quoi à n'importe quel moment, simplement que, comme le dit Coste, "il faut s'attendre à tout". De même, une prise peut jaillir d'un arbre, d'un immeuble, etc.

Et quand rien n'a de légitimité, il ne reste que la guerre ; [...] Tu croises quelqu'un, tu salues, et ta manière de saluer est investie d'un même sens pour tout le monde, afin d'éviter l'agression latente qui existe dans le règne animal et qui s'exprime dès lors que rien n'est partagé.

Il y a en effet le risque que la subjectivité recouvre le texte, ou que le texte recouvre la subjectivité (ce que fait le système scolaire français, en faisant de ce fait beaucoup de dégâts et en empêchant une juste compréhension de la structure d'expérience de la littérature). La guerre cependant n'est pas une conséquence nécessaire de cette structure d'expérience, car le livre s'enrichit de la multiplicité d'interprétations proposées. De fait, même sur Internet, où pullulent sans aucune instance supérieure les interprétations, il n'y a nulle guerre. L'erreur est de croire qu'il existe une compétition, une plus juste interprétation, alors qu'il s'agit essentiellement du don des lecteurs à leurs compatriotes afin que ceux-ci accroissent leur possibilités de vie. Encore une fois, nous constatons que tu mélanges la structure d'expérience sémantique avec celle des objets réels.

J'en profite pour l'expliciter ici pour nos lecteurs, et pour toi également : Il est problématique que tous tes interlocuteurs doivent continuellement t'expliquer ce qu'ils souhaitaient dire. Considérant que mon article marque très clairement que sa thèse n'est pas subjectiviste pas plus qu'objectiviste, mais tombe entre les deux, comme le fait Kant et la tradition transcendantale subséquente.

Je vais tenter de simplifier à l'extrême la structure d'expérience de mon argument pour marquer en quoi la structure agonique que tu proposes est hors de propos : Imaginons deux sujets en face d'une couleur, un bleu clair par exemple. Le premier dit que cette couleur lui fait penser au calme, le second, à la liberté. Qui a tort dans le décodage de ses affects? Personne. Le garant de la justesse de ces interprétations est la structure d'expérience elle-même.

Et tout ça se rejoint dans tes histoires de passif et d'actif ; s'il n'y a pas d'actif et de passif, il y a des égaux, et s'il y a des égaux, il y a une guerre. [...]

Pourquoi introduis-tu tes fantasmes sur ce sujet parlant de la structure d'expérience de la littérature? Golden shower et te faire cracher dans la bouche. Étonnant, mais pourquoi pas, tant que ne nuis à personne.

Il n'y a pas de nécessité logique dans ton argument sur l'égalité et la guerre.
J'ai du mal à répondre à ton paragraphe, car il mélange un peu tout et n'importe quoi et démontre, à nouveau, ton incompréhension.

Ton argument repose cependant sur des poncifs jamais démontrés : en quoi le sens serait-il un existant préexistant à la structure relationnelle?

Il y a égalité, car le lecteur est à la fois actif et passif tandis que le texte est passif et actif. Dans cette égalité de la structure d'usage, ils tombent l'un dans l'autre.

J'ignore d'où sort ton contrat social (les communautés interprétatives?). En effet, il existe de multiples structures de contrainte qui officient dans la structure plus générale de l'expérience littéraire que j'ai décrite, par laquelle seulement la multiplicité de fait des interprétations trouve sa raison sans que cette multiplicité doive être rabattue artificiellement vers une ou quelques interprétations reconnues.

Enndof
Niveau 23
28 novembre 2023 à 18:27:13

La théorie est interressante et à sa place, après tu ne m'as pas convaincu hors du cadre specifique dont je parlais.

En Islam on n'interprete pas le Coran. C'est une hérésie. Et si tu pense avoir mieux compris que les autres ce qui est sensé être signifié tu dois le faire savoir à la communauté tout entière (pour ça que même les groupes progressif cherche à imposer leur nouvelle vision unique, ils ne sont pas là à promouvoir une potentielle polysémie comme tu dis. Pas de reinterpretation non, la BONNE interpretation). La religion elle même est basé sur l'unicité du sens en Dieu. Donc non on est pas sur quelque chose de très tolérant en terme d'interpretation ("Pas de secte en Islam"). Je te laisserai lire le coran un jour. Pas de métaphore, pas d'énigme.

Mais laissons ça de côté.

Pour ce qui est de l'écriture je vais pas te laisser juste dire "Ce n'est plus tellement une question débattue aujourd'hui" ca ne me convainc pas. Toi même tu n'irais pas reinterpreter encore et encore mein kampf. Il y a plein de texte que tu sais intolérant. C'est objectivement le cas. Si tu prend par exemple le manifeste d'elliot rodger je ne vois pas dans quel monde tu vas chercher à l'acceuillir autrement que de la façon dont il a voulu être delivré. Parfois l'ego de l'auteur se sent dans le texte et c'est pas tant que tu "devrais" ne pas corrompre sa pensée mais plutot que tu "sens" que ce n'est pertinent ici. Quand je parlais de la volonté de l'auteur c'est plus ça que je voulais dire.

Tu as l'air d'être au fait des dernière tendances de gauche et il me semble qu'on est assez rapide à cancel les auteurs par là bas. Justement parce qu'un fait objectif a été decouvert dans une oeuvre. Comme je sais pas l'antisemitisme de Celine ou autre. J'ai l'impression que toi même si on depasse certains point tu ne pourrais plus dire "tout est affaire d'interpretation - de relation du lecteur avec son auteur". J'ai l'impression que ce ne serait plus ton discours. Mais je peux me tromper.

Il me semble que des discours comme le tien ont pu aider à défendre des pédophiles par exemple. Et soudains les arguments posé etait beaucoup moins convainquant.

PIeinair
Niveau 47
28 novembre 2023 à 18:32:50

Dans un premier temps, absolument aucunes. Quelles conséquences concrètes tirer de la Critique de la raison pure? Aucune, les êtres humains continueront à spatiotemporaliser et à catégoriser comme avant : leur expérience objective n'est pas plus exacte après la lecture de l'ouvrage de Kant.

Oui mais je parle pas des humains je parle de toi, comme dans l'exemple indiqué ; quelles conséquences concrètes quand tu interprètes un texte et que t'es clairement à côté du propos de l'auteur et du propos de l'oeuvre ? Qu'est-ce qu'il se passe alors ? Les oiseaux volent ou les oiseaux nagent ? Comment ? Pourquoi ? Je suppose que ta réponse aura à voir avec l'intersubjectivité, mais sur quoi va-t-elle se baser ? Comment va-t-on établir que les oiseaux volent bien quand on lit ce texte ? Parce que l'auteur et l'oeuvre le disent ? Ou bien parce qu'on décide collectivement que c'est l'histoire qu'on veut raconter à partir de notre lecture ? Et si c'est ça, la réponse, on est bien dans une guerre d'influence perpétuelle.

Le propos de mon article ne vise pas tant à restreindre l'usage des textes que font les lecteurs, mais à critiquer, au sens kantien, les modes interprétatifs des "professionnels" de l'interprétation, qui débordent de la structure expérientielle de la littérature pour la remplacer par une structure objective telle qu'ils la déploient lorsqu'ils font l'expérience des objets de la nature.

Et ma réponse c'est plus ou moins de souligner que la critique et la réflexion ont des conséquences sur la réalité, parfois à l'insu de ceux qui les fournissent, et ne restent jamais purement suspendues en l'air. Une sorte d'équivalent dans le passage de l'université vers le monde réel de la déformation professionnelle quand on passe du pro vers le privé. La pensée motive l'action, et le biais sélectif aussi. Si tu traînes dans un milieu intellectuel qui répète jour après jour que la lecture fait foi, il y a des conséquences sur ta perception du réel.

Ton erreur résulte d'une incompréhension de la nature contraignante de la structure de l'expérience littéraire et du langage. Le langage est comme une branche : cette branche existe véritablement, objectivement, mais elle existe également sous forme de prise, et une prise n'existe que pour un sujet. S'il n'y a pas de sujet, humains ou non-humains, la notion de prise est insensée.

Déjà tu me parles pas avec des "ton erreur résulte". Quand t'auras fourni des arguments concrets on verra si je fais erreur. Peu importe que le langage existe comme perçu par le sujet c'est pas le problème ici, le problème c'est que tu veux que ce soit la première manière de l'aborder et que ça pose la question de la conséquence.

De plus, j'ignore si ce résumé en parle, mais il existe des structures de contrainte plus ou moins incarnée qui prennent en charge la structure d'usage. Par exemple, les communautés interprétatives dans lesquelles nous vivons contraignent ce qui peut être interprété d'une oeuvre littéraire, bien plus que n'importe quelle contrainte immanente à un texte. Les textes au contraire offrent des prises virtuelles que les lecteurs peuvent actualiser par l'entremise de leur forme de vie, mais ces prises existent bel et bien dans le texte. POur ton exemple absurde, dans un texte littéraire, en effet, la proposition "évidente" "Les oiseaux volent" peut signifier plus exactement "Les oiseaux nagent", en autant que le lecteur qui actualise ce sens puisse le justifier.

Donc le langage n'est qu'un pur terrain de guerre, on n'y trouve aucun sens, on se l'approprie et on monte des armées suffisamment influentes pour répandre notre appropriation. Puisque quand tu parles de "justifier", il ne peut s'agir de justification objective, puisque l'auteur et l'oeuvre sont rejetés d'emblée, il ne reste donc comme "justification" que la lutte d'intérêts agglomérée autour d'une interprétation subjective. Monter une équipe de chercheurs ou de critiques qui vont forcer X analyse, monter une arnaque médiatique, répandre une propagande, etc. Pour prendre un exemple qui te parlerait peut-être plus, écrire un roman national à partir d'une interprétation historique. Ta thèse pousse nécessairement à interpréter le monde comme lieu de lutte universelle, sans plus haute valeur que celle-là.

De plus, tu mélanges la structure d'expérience oratrice et la structure d'expérience livresque. Dans la structure oratrice, dans laquelle nous sommes, l'interlocuteur peut répondre et dire "Non, ce n'est pas ceci que j'ai voulu dire" (il est malheureux que tes interlocuteurs doivent constamment le faire avec toi) tandis que dans la structure livresque, cette possibilité n'existe pas.

Oui ben t'es essentiellement en train d'expliquer qu'un auteur ne peut pas se défendre donc que c'est la littérature qu'il faut attaquer quand on a des fins mensongères. Je mélange rien du tout c'est juste beaucoup moins facile de mentir à la face d'un interlocuteur direct, qui va avoir du répondant. Plus facile de traiter un auteur mort de facho qu'un auteur vivant.

L'erreur est de croire qu'il existe une compétition, une plus juste interprétation, alors qu'il s'agit essentiellement du don des lecteurs à leurs compatriotes afin que ceux-ci accroissent leur possibilités de vie.

Non là c'est de l'utopie, il y a une raison évidente pour laquelle tout le monde rigole de doctissimo, c'est que la parole libérée sans compétition décroît les possibilités de vie. La variété du choix n'est pas positivement corrélée à l'amélioration de la qualité, quel que soit le domaine. La multiplicité n'est pas gage de plus grande qualité, puisqu'elle juxtapose la pertinence et l'impertinence, et qu'elle noie la pertinence (qui est rare) au milieu de l'impertinence (qui est infinie). D'ailleurs il me semble que tu as un problème avec l'usage de l'IA qui est fait sur ce forum, pourtant l'IA illustre très bien le problème ; elle produit massivement du contenu comme on peut produire massivement de l'interprétation, ou même massivement des oeuvres, et si aucune sélection n'est effectuée, on n'enrichit rien du tout, d'une part à cause du potentiel de désinformation massif, et d'autre part parce que les possibilités de lectures sont factuellement limitées. On peut aujourd'hui produire en quelques minutes plus d'interprétations à propos d'une seule oeuvre qu'un individu ne pourrait en lire de son existence tout entière, ça veut dire que si ces interprétations sont toutes considérées sur un pied d'égalité, le lecteur va simplement tomber au cours de son existence sur une partie d'entre elles, sélectionnées par hasard (si elles ne le sont par idéologie), statistiquement parlant les plus impertinentes. Pour illustrer le problème, tu prends un livre au hasard dans la bibliothèque de Babel, et il ne veut strictement rien dire. Pourtant la bibliothèque de Babel est l'aboutissement parfait de ce que tu appelles "l'accroissement des possibilités de vies" ; toutes les interprétations s'y trouvent.

Alors tu pourrais me répondre "oui mais en discutant de chaque interprétation subjective on finit par sélectionner les bonnes lectures des mauvaises", mais de là soit tu repasses vers l'intentio auctoris/operis, c'est-à-dire que la sélection va se faire vis-à-vis du sens réel existant dans le texte ou communiqué par l'auteur, soit juste tu montes un groupe de propagande, lui-même conscient qu'il raconte n'importe quoi, et qui se met d'accord sur une interprétation non pas en vertu de son sens (puisqu'il n'existe que dans l'oeil de l'observateur), mais en vertu des avantages privilégiés que l'interprétation confère à ce groupe.

J'en profite pour l'expliciter ici pour nos lecteurs, et pour toi également : Il est problématique que tous tes interlocuteurs doivent continuellement t'expliquer ce qu'ils souhaitaient dire. Considérant que mon article marque très clairement que sa thèse n'est pas subjectiviste pas plus qu'objectiviste, mais tombe entre les deux, comme le fait Kant et la tradition transcendantale subséquente.

T'as autant à expliquer pour "nos" lecteurs que pour moi-même, puisque ton propos est obscur pour n'importe qui en dessous du master et qu'il est en plus tronqué et pas spécialement bien agencé, je n'ai pas vu d'article, donc c'est pas la peine de faire semblant, t'as juste envie de me cibler, ce qui n'ira pas loin sachant que t'es du genre à traiter de fascistes des gens gratuitement afin de les pousser à devoir se justifier. Tu es un terroriste du langage et de son interprétation et tu n'as aucune légitimité à venir dire à qui que ce soit que tu devrais pas avoir à expliciter un propos, puisque tu ne respectes pas les valeurs que tu invoques. Et tu n'as pas l'autorité sur ton texte ni sur sa signification, je l'ai, à moins que tu rejettes ta propre thèse.

Imaginons deux sujets en face d'une couleur, un bleu clair par exemple. Le premier dit que cette couleur lui fait penser au calme, le second, à la liberté. Qui a tort dans le décodage de ses affects? Personne. Le garant de la justesse de ces interprétations est la structure d'expérience elle-même.

La couleur n'est pas un élément de langage, ce qui interdit de le rapprocher de cette dernière. Etonnant que tu ailles de ce côté sachant que tu me reproches mes analogies. Je veux bien que tu m'expliques en quoi tu n'es pas subjectiviste si tu commences à nous expliquer que la manière pertinente de considérer l'information reçue est sous l'angle de l'affect. Si quand quelqu'un me parle ne compte que ce que j'en perçois/interprète, il va de même de l'information sensorielle, qui n'est même pas communiquée par quelqu'un ; les oiseaux ne volent que si je veux bien le voir. Et t'as beau me dire d'arrêter de passer de l'art ou du langage au reste, dans ce cas va falloir m'expliquer pourquoi tu cites ça ;

"4) À cet égard, Coste affirme à bon droit que
l’art perdrait toute son intelligibilité si on le débranchait artificiellement des modes d’organisation sociale, des problèmes urbanistiques et architecturaux, des agencements économiques, des nœuds politiques avec lesquels il est en parfaite et continue transaction."

Pourquoi introduis-tu tes fantasmes sur ce sujet parlant de la structure d'expérience de la littérature?

J'introduis tes fantasmes parce qu'ils sont une prolongation logique de tes idées (de ton propre aveu d'ailleurs puisque plutôt que de confiner ton expérience sexuelle à de la simple expérience sexuelle tu essayes d'en faire une intellectualisation idéologique), et qu'en l'occurrence ça illustre le problème initial ; le pur raisonnement a des conséquences concrètes. Si je considère que le lecteur peut décider du sens de ce qui a été écrit, quel monde vais-je créer ? Un monde qui penche libéral à n'en pas douter, mais, et c'est le plus important ; un monde où les conditions nécessaires à la coopération ont disparu.

Ton argument repose cependant sur des poncifs jamais démontrés : en quoi le sens serait-il un existant préexistant à la structure relationnelle?

Non, le tien repose sur des poncifs jamais démontrés, ce sont juste des poncifs jamais démontrés opposés aux poncifs initiaux. Et je n'affirme pas que le sens serait un existant préexistant à la structure relationnelle, j'affirme qu'il doit être considéré comme tel AFIN qu'il y ait une structure relationnelle. Dieu n'a pas besoin d'avoir existé pour que les sociétés religieuses fassent société ; il a besoin d'avoir été considéré vrai.

En somme, tu peux faire société autour de l'idée, fût-elle mensongère, de la vérité, mais tu ne peux pas faire société autour de l'idée, fût-elle pertinente, de la pure subjectivité -et c'est bien cette idée que tu défends quand tu nous rapproches la lecture d'un texte d'une qualia-

[arashi]
Niveau 33
01 décembre 2023 à 19:33:13

Le 28 novembre 2023 à 18:27:13 :
La théorie est interressante et à sa place, après tu ne m'as pas convaincu hors du cadre specifique dont je parlais.

En Islam on n'interprete pas le Coran. C'est une hérésie. Et si tu pense avoir mieux compris que les autres ce qui est sensé être signifié tu dois le faire savoir à la communauté tout entière (pour ça que même les groupes progressif cherche à imposer leur nouvelle vision unique, ils ne sont pas là à promouvoir une potentielle polysémie comme tu dis. Pas de reinterpretation non, la BONNE interpretation). La religion elle même est basé sur l'unicité du sens en Dieu. Donc non on est pas sur quelque chose de très tolérant en terme d'interpretation ("Pas de secte en Islam"). Je te laisserai lire le coran un jour. Pas de métaphore, pas d'énigme.

Mais laissons ça de côté.

Pour ce qui est de l'écriture je vais pas te laisser juste dire "Ce n'est plus tellement une question débattue aujourd'hui" ca ne me convainc pas. Toi même tu n'irais pas reinterpreter encore et encore mein kampf. Il y a plein de texte que tu sais intolérant. C'est objectivement le cas. Si tu prend par exemple le manifeste d'elliot rodger je ne vois pas dans quel monde tu vas chercher à l'acceuillir autrement que de la façon dont il a voulu être delivré. Parfois l'ego de l'auteur se sent dans le texte et c'est pas tant que tu "devrais" ne pas corrompre sa pensée mais plutot que tu "sens" que ce n'est pertinent ici. Quand je parlais de la volonté de l'auteur c'est plus ça que je voulais dire.

Tu as l'air d'être au fait des dernière tendances de gauche et il me semble qu'on est assez rapide à cancel les auteurs par là bas. Justement parce qu'un fait objectif a été decouvert dans une oeuvre. Comme je sais pas l'antisemitisme de Celine ou autre. J'ai l'impression que toi même si on depasse certains point tu ne pourrais plus dire "tout est affaire d'interpretation - de relation du lecteur avec son auteur". J'ai l'impression que ce ne serait plus ton discours. Mais je peux me tromper.

Il me semble que des discours comme le tien ont pu aider à défendre des pédophiles par exemple. Et soudains les arguments posé etait beaucoup moins convainquant.

Ce que je propose est une analyse transcendantale d'une faculté humaine (interpréter). Lors de cet acte d'actualisation des sens possibles virtuellement réels, la puissance actualisée est phénomène, et a donc la pleine réalité d'un phénomène.

Pour le cas Mein Kanft, ou autre. Si une personne disait : "Ce livre n'est pas haineux, au contraire, il encense les juifs", par exemple. C'est une interprétation logiquement possible, mais ce n'est pas le degré d'abstraction du possible dans lequel se tient le transcendantal. À une telle personne, je lui dirais "Et ce passage, que dit-il?" Ton erreur est de croire que ma théorie transcendantale implique que tout peut s'interpréter de n'importe quelle manière, alors qu'elle dit simplement qu'il faut s'attendre à tout.

Également, et évidemment, cela suppose que l'interprétant est de bonne foi. Si une personne peut véritablement interpréter Mein Kanft de telle façon qu'il affirme que le livre encense les juifs, alors pourquoi pas. Cela n'a pas eu lieu, et est donc un hypothétique possible, donc quelque chose de peu intéressant. Mais c'était la même chose avec Kant : Quelqu'un de mauvaise foi aurait pu lui dire qu'il ne perçoit pas les phénomènes dans leur continuité, dans le temps et l'espace, etc., mais cela n'est pas très sérieux.

Sur le coran : J'ai eu une petite discussion avec Arajiny où il me disait l'inverse de ce que tu affirmes. Ne connaissant pas la tradition musulmane herméneutique, je ne peux donc rien dire de plus, mais peut-être voudra-t-il présenter plus en détail sa position.

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Sujet : L'usage des textes : La désubstantiation du sens
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